Le rapport Bockel sur la délinquance juvénile : la récidive

Publié le par Agnès Lenoire

pers55.JPGUn serpent de mer

Le monstre est de retour, sous la forme d’un rapport remis au président de la république : le « Rapport Bockel ». Après le rapport de l’INSERM de 2005 qui avait maladroitement préconisé la prévention précoce de la délinquance chez les plus jeunes, le monde de l’éducation et de la pédiatrie s’était mobilisé, parvenant même à faire publier un rectificatif par l’INSERM lui-même. Depuis, la vigilance s’impose, car l’idée diffuse d’une menace permanente de notre société opérée par les jeunes est toujours aussi vivace. Cette menace est un véritable outil de propagande, et des plus efficaces, dans un pays vieillissant où il est facile d’instiller la terreur du jeune à des personnes âgées qui se sentent vulnérables, en oubliant que les jeunes eux-mêmes sont les premières victimes de cette délinquance.

 

PortableFemme.jpgLes causes avancées

Dans le rapport de monsieur Bockel, il n’est jamais question de véritable protection des jeunes, et surtout pas d’éducation. Quand le mot « protection » est évoqué, c’est pour le renvoyer dans le cadre familial. Cadre familial détruit, selon lui, par le concept « d’autorité parentale », qui s’est substitué à celui de « chef de famille ». Fâcheux symptôme, lié dans le rapport, à plusieurs reprises, à… l’évolution des femmes !

 

« La loi de 1970 sur l’autorité parentale a fait disparaitre le concept de puissance paternelle et, avec elle, la notion de chef de famille. Le rôle majeur du père, également lié à l’incapacité des femmes et à la puissance maritale, s’est effacé devant un nouveau concept d’autorité parentale qui s’analyse comme un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’éducation et le développement de l’enfant. La protection des enfants, dans leur sécurité, leur santé et leur moralité est l’objectif aujourd’hui assigné. […] »

Trois idées émergent de cet extrait :

- l’autorité parentale est « un ensemble de droits et devoirs ». Certes, mais il manque un adjectif primordial : conjoints. Droits et devoirs conjoints pour remplacer l’autorité parentale suprême, détenue auparavant par un individu. C’est là tout le sens de l’autorité parentale en lieu et place du chef de famille. Là encore, l’auteur du rapport ignore les enjeux d’un langage précis.

- la protection serait un devoir assigné à la famille, pas à l’État. Autrement dit : vous avez des problèmes, débrouillez-vous.

- le responsable des mauvais comportements des enfants, c’est la disparition du chef de famille.

 

« De fait le père, souvent absent du processus éducatif, placé entre les mains des mères, ne joue plus son rôle de tiers séparateur. Dès lors, il n’assure plus sa fonction socialisante. » Là, c’est Freud qui est appelé à la rescousse pour défendre sa théorie du père qui sépare de la mère et incarne l’autorité. Une théorie scientifique dont on cherche encore les preuves.

 

« Cette crise traduit en réalité une évolution de fait et de droit initiée dès les années 1970 avec l’introduction du concept d’autorité parentale qui a changé sensiblement les rapports entre parents et enfants. […] » Tout est résumé dans cette phrase : c’était mieux avant 1970 ! (et sans doute avant 1968, date de tous nos malheurs selon notre président). Tout cela est simpliste, archaïque même, et nous fait régresser au XIX° siècle.

 

La grande cause de nos maux serait donc la disparition progressive de la famille traditionnelle, bien sûr. Et vous ne serez sans doute pas étonnés si je vous dis que la famille traditionnelle idéale, pour monsieur Bockel, est… mais oui, bien sûr, blanche et française pure souche !

 

En effet, très vite, dès la page 15 (sur 93 pages), les familles d’origine étrangère seront montrées du doigt, comme sources de tous les maux. En vrac, vous lirez que ces familles issues de l’immigration ont des droits et des devoirs (surtout des devoirs, rappelés à l’envi), un tout petit peu plus loin vous verrez apparaître les mots toxicomanie et alcoolisme, et l’accusation lancée à la culture de l’Afrique noire. « Pas encore entrés dans l’histoire »-  pour reprendre l’anathème lancé par N. Sarkozy à Dakar - les africains  feraient mieux de ne pas entrer en France, c’est ce qu’on lit en filigrane.

 

À la moitié du rapport, on a donc deux grands responsables à la délinquance juvénile : les familles, et les étrangers. Ce n’est pas plus compliqué que cela.

 

pers54.JPGLes remédiations préconisées

L’autre idée forte du rapport est de « conforter le maire dans la chaîne des sanctions ». Et de montrer comme « Bonnes pratiques » des exemples de municipalités qui s’engagent dans la lutte contre l’insécurité (les autres s’en fichent, c’est bien connu) : Montauban, dont la maire UMP, Brigitte Barèges,  soutient la proposition de Christian Estrosi de sanctionner financièrement les municipalités défaillantes ou laxistes face à l'insécurité. C’est dire si elle a droit à toutes les considérations du rapport gouvernemental… L’autre municipalité citée en exemple est Fontenay le Fleury, elle aussi UMP. En responsabilisant les maires à outrance,  une inégalité fondamentale va se créer entre les communes qui  ont les moyens et celles qui ne les ont pas.

 

« La force unique de l’interdit parental exprimé doit être revalorisée. » Les solutions ? La rééducation des parents. Leur apprendre quels sont les interdits dans notre pays. Sans doute parce que les vols, agressions et crimes sont autorisés dans les autres… Apprendre aux parents à dire « non » à leur enfant doit pourtant, n’en déplaise aux détracteurs de la pédagogie, s’accompagner d’une injonction à donner du sens à l’interdit. Quel que soit notre âge, à deux ans comme à 20 ans, on a du mal à subir des crises d’autorité sans raison. Cela s’appelle l’autoritarisme et cela incite à la rébellion.

 

Première institution familiale à restaurer : l’autorité du père. On croit rêver. Les femmes se retrouveraient avec un unique rôle de nourricière, accompagné d’une incapacité à mener l’enfant à sa pleine maturité, n’étant pas assez mature elle-même. Pourtant, pour ce que j’en vois depuis 35 ans à l’école, les familles dont les pères ne se posent pas en chef, mais en éducateur au même titre que la mère, s’en portent beaucoup mieux. Les enfants sont plus équilibrés, mieux entourés, plus disponibles aux apprentissages.

 

Le rapport préconise aussi que « l’inscription des enfants à l’école, au collège, puis au lycée s’accompagne d’une démarche personnelle des parents reçus par le chef d’établissement et de réunions régulières et nominatives rythmant l’année » Monsieur Bockel devrait sortir un peu : ces démarches se font absolument partout et sont obligatoires  dans tous les établissements, de la maternelle au lycée.

Toutes les préconisations qui émaillent le rapport existent déjà, sont déjà installées et font du bon travail : les associations à l’écoute des parents en difficultés, les Centres Médico-pédagogiques (CMP), la Protection Maternelle et Infantile, la Médecine Scolaire, le travail en partenariat. Il propose de faire travailler ensemble ces différents organismes. Cela existe déjà. Dans les écoles, quand un enfant est en difficulté importante, ce sont tous les partenaires qui doivent être réunis en « Équipe éducative », plusieurs fois par an, avec – s’ils suivent l’enfant en question - le médecin scolaire, l’orthophoniste, le psychomotricien, l’éducateur du CMP, l’AVS, les enseignants. Le problème réel réside dans les moyens mis  à disposition des organismes d’aide. Il y a parfois un an d’attente  pour les familles dans les CMP !

 

Le rapport Bockel propose aussi « L’élévation du seuil de compétence de la Protection Maternelle et Infantile de 6 à 12 ans pour assurer un véritable suivi sanitaire des enfants. ». Monsieur Bockel semble ignorer qu’il existe dans chaque département, un service de Médecine Scolaire qui prend en charge les élèves à partir de 5 ans (GS de maternelle), les plus jeunes (de deux à 4 ans inclus) étant suivis dans les écoles par la Protection Maternelle et Infantile (PMI). Les services de PMI, en sous-effectifs, n’arrivent même plus à assurer les visites des 3 ans. Voilà justement trois ans que je n’ai pas vu une infirmière-puéricultrice dans mon école pour ma section de petits. Comment faire aller les infirmières PMI dans les écoles élémentaires alors qu’elles ne peuvent même pas couvrir toutes les maternelles, et alors qu’il existe un service de médecine scolaire pour les 5 – 11 ans (GS – CM2)  ?

 

Enfin on en vient au cœur du problème : la détection précoce.

« Cette vulnérabilité pourrait pourtant être repérée chez les petits entre 2 et 3 ans. C’est à ce stade que doit être posé sur l’enfant un regard pluridisciplinaire visant à rechercher s’il existe à ces troubles une cause médicale ou familiale. »

 

Retour au monstre : l’enfant agité de deux ou trois ans. Monstre chassé par la porte avec force par le monde éducatif et pédiatrique en 2005, à l’aide de pétitions et la création d’un collectif « Pas de zéro de conduite », et qui revient par la fenêtre.  Le gouvernement croit toujours que ses citoyens ont la mémoire courte… Erreur.

 

pers53.gifVigilance et mobilisation s’imposent

Il faut à nouveau nous mobiliser car en 2010 comme en 2005, les idées gouvernementales n’ont pas évolué d’un iota. Il est pourtant reconnu comme peu pédagogique et peu rationnel de classer, dès deux ou trois ans, des êtres humains dans la catégorie des futurs délinquants. C’est accorder bien peu de prix à notre jeunesse que la destituer à l’avance de toute capacité au changement. Le jeune âge est pourtant riche de belles promesses ; mais il faut pour cela se dégager de « la peur du jeune » que nos dirigeants s’obstinent à distiller dans nos esprits.

« L’intention fait la culpabilité et le délit », écrivait Aristote[1].  Le rapport Bockel, par ses  accusations lancées aux familles étrangères, par sa stigmatisation des difficultés sociales, et par ses préconisations de dépistage au berceau, fait un injustifiable  procès d’intention à la petite enfance, coupable à l’avance de délits qu’elle ignore encore. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] Extrait de Rhétorique

Publié dans Démocratoc

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wackes seppi 11/11/2010 16:49



 


Le problème des traitres est qu'ils doivent toujours donner des gages à leur nouveau maître :


“J’inclinerais, pour ma part, à penser qu’on naît pédophile, et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a mille deux cents ou mille trois cents jeunes qui
se suicident en France chaque année, ce n’est pas parce que leurs parents s’en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les
fumeurs : certains développent un cancer, d’autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l’inné est immense.”


Nicolas Sarkozy, Philosophie Magazine, mars 2007



Poulpeman 09/11/2010 20:58



Bonjour,


Nos élites de l'UMP continuent leur lancée dans la promotion d'un "retour au bonnes vielles valeurs" (nationalistes et rétrogrades de préférence). D'après ce précieux rapport, les mères seraient
donc incapables d'inculquer des normes morales ou des interdits aux enfants. Mais qu'attend l'Etat pour retirer le droit de vote à ces citoyennes irresponsables et incompétentes ?


Poulpeman



Serge Lucas 09/11/2010 11:14



Bonjour,


Pardon c'est banal mais je me répète souvent que "toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais bien peu s'en souviennent". Apprendre à d'abord dire non ! C'est de Jean Guehenno
que je conserve ce conseil. J'ai 73 ans. Je suis le "papi Voyou" de mes spt voyous et voyelles. Meilleures salutations