Le délit de blasphème existe-t-il ?

Publié le par Agnès Lenoire

le-si--cle-sera-religieux.JPGUn ancien professeur à l’université Paris-I, Jean Boulègue, vient de publier un livre sur les différents procès pour blasphème qui ont été intentés depuis 25 ans en France. Une pleine page lui est consacrée dans Charlie hebdo du 27 janvier 2010, sous la forme d’un entretien avec l’auteur.

On y apprend que pas moins de 20 procès ont été conduits pour blasphème entre 1984 et 2009. L’auteur y voit une régression. En effet, sous la troisième république, les caricaturistes et les mécréants s’en donnaient à cœur joie, grâce à la récente liberté de la presse acquise en 1881, ce qui n’est plus le cas au cours du dernier quart de siècle passé. Jean Boulègue nous apprend que cette liberté de blasphémer, incluse dans la liberté de la presse, a été largement écornée en 1972, par un texte législatif qui prévoit que « quand la diffamation ou l’injure sont liées à certains critères, comme l’appartenance religieuse, elles seront plus lourdement réprimées que d’autres. » Alors bien sûr, le « blasphème » n’est pas mentionné, mais le délit est bel et bien créé, tout en restant masqué.

C’est en 1984 que commencent les procès. L’extrême-droite catholique ouvre le bal avec la création de l’AGRIF, fruit de l’union FN-catholiques « durs ». Depuis cette date l’AGRIF a assigné Charlie Hebdo en justice 13 fois !! Jean Boulègue insiste pour nous démontrer qu’il n’y pas d’un côté les intégristes, et d’un autre les modérés, car l’épiscopat soutient l’AGRIF dans pratiquement toutes les polémiques et procès. Ce n’est qu’en 2001 que les musulmans suivent la voie, ouverte par l’AGRIF, du délit de blasphème. Procès à Houellebecq pour avoir dit dans un roman que l’islam était tout de même la religion la plus con. Procès à Charlie Hebdo en 2006 dans l’affaire des caricatures.

Les conclusions de l’auteur sont sans appel : la religion, qu’elle soit catholique ou musulmane, n’accepte la liberté d’expression et de pensée que grâce à « un rapport de force qui les oblige à respecter les acquis ». Les religions sont arc-boutées contre les nouvelles revendications individuelles de la société : PACS, homoparentalité, euthanasie. Elles montrent ainsi à quel point elles sont peu aptes à évoluer sur le terrain des libertés. Celle de pouvoir blasphémer n’est pas prête d’être reconnue par elles. Un article de Charlie hebdo à lire absolument, qui donne envie de lire le livre

Publié dans Démocratoc

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vincent 20/02/2010 22:34


C'est tellement vrai et de plus, il n'y a pas plus impartial que cet auteur. Merci Mr Boulègue.


ARNOULD 04/02/2010 13:39


Bonjour, tout a fait d'accord si le propos concerne une idée ou doctrine, religieuse  philosophique politique ... ce qu'on veut. Je crois que c'est bien de ces propos qu'il ségit dans votre
article.  Ceci dit, on peut dire aussi les choses correctement, mais en soi le  "con" d'Houellebecque n' a rien de réprehensible.
Si cette doctrine ou idée est incarnée dans un personnage historico mythique une caricature est possible, pas moins que pour un politique.
Ce qui devrait être réprimé c'est l'atteinte à une personne en tant qu'elle partage cette idée, doctrine et à un groupe humain les partageant etc .... Dire cette doctrine est stupide n'est pas
la m^me chose que ceux qui adhérent à cette doctrine sont stupides. C'est d'ailleurs un cas de logique formelle typique.
Il ne devrait pas y avoir de doctrine ou d'idée interdite. Or c'est le cas en France (cas unique à ma connaissance dans les démocraties véritables). Ces lois, récentes, et justifiées par le rejet
que nous inspirent, souvent à juste titre certains jugements sur des  évènements de l' histoire (shoah, arménie) ont été , comme beaucoup d'historiens l'ont dit, une erreur. Je crains que
la loi dont vous parlez en ait été un signe précurseur.
Reviendrons  nous à plus de clarté ?






Agg 02/02/2010 17:57



Bonjour Agnès,

Trois remarques :

- D'abord sur cette histoire de procès : 20 procès en 25 ans, sachant que les caricaturistes tels que ceux officiant à Charlie Hebdo s'en donnent à coeur joie quotidiennement, ça me
semble singulièrement peu ! Et quand bien même : lorsque procès il y a, n'est-ce pas au contraire le signe que les croyants reconnaissent d'abord l'Etat de droit et acceptent de jouer le jeu de
la Justice ? Personnellement, c'est lorsqu'un professeur reçoit des menaces de mort (affaire Redeker) ou encore qu'un cinéaste est assassiné en pleine rue (affaire van Gogh) que je me dis que
quelque chose ne va pas, pas lorsque le différend se règle au tribunal.


- Ensuite, je trouve particulièrement savoureux que ce soient des gens comme ceux de Charlie Hebdo qui donnent des leçons de liberté d'expression : ça doit bien faire marrer Siné, aussi
antisémite que George Frêche. Et si c'était ce deux poids deux mesures permanent qui exacerbaient les crispations de certaines communautés religieuses ?

- Enfin sur les religions "arc-boutées contre les nouvelles revendications individuelles de la société" : mais qu'attendez-vous donc, Agnès ? Que le Pape fasse la promotion des
partouzes ? Est-ce si étonnant que les religieux défendent leurs valeurs, qu'ils considèrent comme éternelles, contre les valeurs de la modernité ? Que resterait-il des religions si elles
suivaient le "progrès" ? Par ailleurs, sur tous les sujets que vous évoquez, le débat dépasse très largement le clivage autour de la question religieuse.



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jacques 02/02/2010 17:24


permettez moi de répondre à grasyop:Vous avez raison quant à un ordre à donner à différentes plaies de notre société;simplement,j'ai écris un commentaire comme on le fait souvent,avec hâte et un
peu d'éxagération,concision du commentaire  oblige.Les sacrifices rituels d'animaux,chers aux croyants juifs et musulmans me révoltent aussi en premier lieu,mais le transport et 
l'abattage de milliards d'animaux en abattoirs industriels n'est pas plus honorable,n'est guère moins cruel;(voyez la video sur les abattoir Charral [You Tube] si vous avez le courage,moi je ne
peux pas); je suis végétarien depuis longtemps par conséquent.Pour revenir au sujet d'Agnès Lenoire,je viens de voir au hazard d'une lecture qu'au Moyen Age la punition d'un blasphème était
relativement(!) légère :la langue était perçée au moyen d'un fer rouge,par rapport aux édits de jurisprudence de la Sainte (et humaniste)Inquisition de la Renaissance qui infligeait la mort brulé
vif,à petit feu afin que l'immonde individu souffre durablement...Nous n'en sommes pas encore revenu à ce stade de la haine et de l'horreur mais pensons toujours qu'il y a de par le monde des
femmes qui sont lapidées et fouettées comme il y a 2000 ans(il y a des vidéos de femmes lapidées sur You Tube mais je ne conseille pas ce spectacle abominable).


Grasyop 31/01/2010 22:11


Bonjour Jacques,

« Le retour aux ignorances  à l'obscur (autorisation des sacrifices d'animaux conscients,piscines "sexuées",voiles  etc)est pour l'occident un retour à son antiquité macabre; »

Certes, le souhait d'égorger des animaux en pleine conscience, celui d'instituer des horaires non-mixtes dans les piscines, ou encore celui de faire porter un voile plus ou moins couvrant aux
femmes, ces trois souhaits reposent tous les trois sur un même obscurantisme religieux.

Mais en juxtaposant ces trois obscurantismes, vous donnez l'impression de les mettre sur le même plan, comme s'ils avaient tous les trois la même gravité, ce qui n'est, à mon avis, pas du tout le
cas.

- Les horaires non-mixtes dans les piscines, ça peut être un peu gênant, mais enfin, il n'y a pas mort d'homme.

- Imposer le voile aux femmes, c'est déjà beaucoup plus grave.

- Égorger des millions d'animaux en refusant de les étourdir préalablement, c'est de la torture à échelle industrielle, et s'il y a un obscurantisme à combattre en priorité parmi les trois que vous
citez, c'est celui-là !