Le débat sur l’identité nationale censure les mauvaises réponses

Publié le par Agnès Lenoire

Un peu méfiante mais toutefois  curieuse d’expérimenter cette initiative-là, je me suis lancée sur le site dédié au débat sur l’identité nationale pour y apporter ma pierre. J’ai écrit ce que je pensais spontanément, sans chercher à déguiser ma pensée : franche et critique, mais ni agressive ni insultante.

 

J’ai coché la case « j’accepte de rendre publique ma contribution » puisque cela correspondait à mon désir de débat - et non de confidences.

 

Envoyée à 9h 30 ce 3 octobre, elle n’a pas été publiée. J’ai dû faire « l’objet d’une modération », car les contributions du 3 octobre qu’on peut lire chronologiquement, de 00h jusqu’à midi ne font pas figurer la mienne.

 

Heureusement, j’avais pris mes précautions pour que mes cinq petites phrases ne soient pas perdues à jamais.  Car à la lecture des contributions déjà publiées ce 3 octobre, je m’étais vite aperçue que tout propos d’opposition forte était écarté. Tout y est aseptisé : les contributeurs souhaitent que l’identité nationale nous ramène à plus d’obéissance aux lois, d’autres nous exhortent à retrouver la notion de devoir ; un autre a l’audace de conseiller timidement aux politiques de montrer l’exemple, enfin un seul évoque très frileusement l’Europe, au détour d’une phrase. Mais on n’y trouve aucune remise en cause de la notion même de l’identité nationale, notion qui appartient pourtant au nationalisme.

 

J’y avais vu aussi la mention « les contributions font l’objet d’une modération ». Alors, soigneusement, j’avais fait un copier-coller dans un fichier de traitement de texte et hop !,  enregistrement de cette trace sur le disque dur, au cas où… 

 

J’ai bien fait ! Ma contribution n’a pas été publiée. Il s'agit donc d'un débat truqué, qui ne respecte aucunement la liberté d'expression, et qui révèle ainsi son statut de  propagande. 

 

La voici donc, comme envoyée sur le site du Grand Débat, et censurée :

 

Bonjour,

Réfléchir à une identité nationale hypothétique, c'est faire le lit du nationalisme, en douceur, l'air de rien. Notre identité est toute personnelle, toute intérieure, et si elle devait s'apparenter à autre chose qu'à l'intime, ce serait à l'Europe. Ce débat-là s'oppose à l'idée de l'Europe qu'on a essayé de faire passer au moment de voter sa constitution. Maintenant que c'est acquis, on nous organise un joli petit repli sur nous-mêmes. On n'est plus à une contradiction près dans ce pays.

Cordialement

Agnès

 

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Nab Lator 14/12/2009 09:36


Bonjour,

J'ai bien aimé votre article, le contenu de ce que vous avez écrit sur www.debatidentitenationale.fr aussi. Mais avant d'accuser le site d'avoir censuré votre texte, une petite vérification
n'aurait-elle pas suffi à le retrouver parmi des milliers d'autres ?

Doutagogo
03/11/09 à 09:53

Il est en page 1453, pas censuré donc. Le lien ne sera probablemen plus valable bientôt, parce que les messages se décalent au fur et à mesure, mais pour moi, cet URL permet de le trouver :
http://www.debatidentitenationale.fr/participation/pour-vous-qu-est-ce-qu-etre/?res=ok&reserr=&debut_LISTE_MSG_FORUM_2=15450#pagination_LISTE_MSG_FORUM_2


Matthieu 10/11/2009 21:24


Bonjour

j'ai lu sur rue 89 votre contribution sur le débat qui m'a interloquée. Identité nationale ca vous choque semble t il. Par contre si je dis identité collective? Ca vous choque moins peut etre? Ou
encore: les personnes vivants en France ont ils une identité collective? Moins je suis sûr encore. Cest frappant à quel point certains sont incapables de répondre à une question sans lancer des
anathemes steriles. Vous croyez que la Catalogne en Espagne qui a demandé son autonomie n'a pas une identité?


Noups 09/11/2009 05:11


Bravo Philippe d'élever le "débat", pas grand chose à ajouter. Ca change des "ouuuuh ça sent le FN" et "y'a pas de problème, on est tous européens et citoyens du monde, faisons-nous tous des
bisous!" qui ne servent à rien, n'avancent à rien mais remplissent le vide à défaut d'arguments valables et intelligents.


Philippe 06/11/2009 07:07


Pour ma part, je suis effaré par votre discours, par votre aveuglement. C'est eux qui, sous prétexte d'être complaisants envers les immigrés, créent et nient tous les problèmes que ces derniers
rencontrent et font donc indirectement le lit de l'extrême droite. Des immigrés ont besoin que le pays d'accueil ait une forte identité, que le Peuple d'accueil soit fier, sinon comment voulez-vous
qu'ils aient envie de leur appartenir, d'en faire partie ? Comment croyez-vous que les Etats-Unis, pays de l'immigration par excellence et du patriotisme à outrance, arrivent à intégrer ses
immigrés ? (Il est vrai que cette formule ne marche pas face à l'immigration massive. Voir ce qu'il se passe avec les Hisppaniques.) En france, on veut l'immigration incontrôlée et pas de
patriotisme. Ca ne fonctionne pas. On peut prétendre que tout va très bien. Mais, si c'était le cas, y aurait-il un malaise grandissant tant de la part des Français vis-à-vis des immigrés que des
immigrés vis-à-vis des Français ? Un petit blanc peut se dire européen, citoyen du monde, il ne risque rien, au fond, il est français. Mais ce discours est totalement vide de sens pour un immigré
extra-européen qui, lui, voudrait juste être reconnu comme français et qui, ne pouvant être plus royaliste que le roi, se raccroche à son identité d'origine ou celle de ses parents, à une culture
étrangère qui l'étiquette définitivement comme étranger (ce qu'il est le premier à ressentir). On ne peut pas d'un côté hurler contre l'assimilation des immigrés et s'étonner d'un autre côté que
beaucoup de Français les considèrent comme des étrangers et même un danger. Car ces étrangers ne sont pas des touristes ; ils vivent ici, ils sont des millions, ils forment des communautés. Je
n'invente rien. Il serait temps de réaliser que la politique de l'autruche menée depuis 40 ans est à l'origine de la situation actuelle et que la solution n'est pas dans sa continuation. 
Je vous rappelle en outre que le patriotisme (l'amour des siens) n'est pas le nationalisme (la haine des autres) et que la notion de nation (communauté de pensée) est éminemment de gauche, héritée
de la Révolution, tout comme la Marseillaise, le drapeau tricolore, la devise liberté égalité fraternité et la plupart des valeurs actuelles que la gauche prétend défendre. Les révolutionnaires se
retourneraient dans leurs tombes s'ils entendaient votre discours.


Quentin 05/11/2009 04:48


Je suis venu sur votre site par le biais d'@rrêt sur images, qui relaie Rue89.

Rassurez-vous, les internautes qui s'informent autrement que par les mass media savent désormais que cette parodie de démagogie - pardon, de démocratie - participative n'est bel et bien qu'une mascarade destinée à ratisser un peu plus sur les terres de Philippe de Villiers et Jean-Marie Le
Pen, le tout sous l'égide d'un ministre "d'ouverture". Mais étaient-ils dupes, ces internautes ?