La pensée des enfants décryptée

Publié le par Agnès Lenoire

Couv.OctobreLe numéro d’octobre 2010 de Sciences Humaines consacre son dossier à la pensée des très jeunes enfants. Le cœur du dossier consiste en une remise en cause de quelques idées, la plupart issues des théories de Piaget, sur la façon dont évolue le cerveau enfantin.

 

Première remise en cause : de l’âge enfantin à l’âge adulte, il n’y a pas d’échelle à gravir, de degrés successifs à franchir ,comme le croyait Piaget, pour accéder à la connaissance des adultes. Les progrès de l’enfant se font au contraire par interactions avec son environnement, par exploration de ses possibilités, par tâtonnements aussi. La linéarité n’est donc pas une image juste de son parcours.

 

Cette idée de linéarité, généralisée par l’idée d’échelle, ou encore de pyramide, (comme celle des sciences du vivant, avec ses bactéries à la base et l’homme au sommet) était encore très prégnante en sciences au XX° siècle. Ces métaphores excluaient d’emblée les diverses influences, les interactions, la complexité et ses richesses. C’est donc ainsi qu’on a pensé l’enfant, très longtemps, dans une simplissime linéarité. Il est vrai que Piaget semblait indéracinable.

 

Pourtant, le cerveau de l’enfant n’est pas si différent de celui de l’adulte : par essence curieux et avide de logique.  Il est doué de capacités méconnues qu’on découvre au fur et à mesure des expériences faites sur les nourrissons : leur perception de la quantité, leur étonnement devant des actions bizarres (une boule qui bouge toute seule, alors qu’il l’a vue auparavant rouler après avoir été frappée), la conscience de la permanence des objets dès 6 mois. Le dossier nous montre donc le jeune enfant doté d’un parcours intellectuel non linéaire, complexe, qui s’enrichit et progresse grâce aux échanges avec l’entourage et l’environnement, sur une base de capacités précoces ignorées jusque là.

 

L’autre point-clé du dossier est une série d’idées reçues que les auteurs démystifient, comme par exemple l’idée que le tout-petit serait fondamentalement irrationnel.

 

Les enfants passant beaucoup de temps à jouer, les adultes ont tendance à croire qu’ils sont en permanence dans l’imaginaire, que leur accès à la rationalité n’est pas acquis. Et d’en profiter pour intégrer à leur parcours intellectuel une jolie croyance au Père Noël, profitant de l’énorme confiance dont ils bénéficient auprès de l’enfant. L’enfant de trois ans fait la différence entre les situations compréhensibles et les énormités. Il a donc beaucoup de mal à y croire ; il faudra les efforts conjugués de toute une société pour parvenir à le convaincre. Pour preuve, le tout-petit qui rencontre le Père Noël pour la première fois en a très souvent  une peur panique ; il perçoit d’emblée l’anormalité de la situation et cherche à la fuir.

Le dossier nous explique que l’enfant de 5 ans qui croit au Père Noël le fait en le reléguant dans un secteur spécifique de sa vie intellectuelle, tout comme un chrétien peut croire aux miracles de Jésus, sans croire pour autant que des miracles se produisent dans son quotidien.

Autres idées traitées dans le dossier : les petits ne sont pas des adultes imparfaits, ils ont une culture, ils ne sont pas amoraux et éprouvent des émotions sociales fondamentales.

En conclusion, il est utile de rappeler que  nous, adultes, vivons aussi dans l’imaginaire et que nos distractions sont de même nature que celles de nos enfants. Juste plus complexes, rien d’autre. Théâtre, cinéma, arts divers, jeux de société, de rôles, spectacles vivants, lecture de fictions, etc.,  nos temps de loisirs sont souvent occupés, comme chez les enfants, par une vie créative et ludique.

 

Un excellent numéro de Sciences Humaines si vous voulez mieux connaître vos enfants !

 

Publié dans Éducation

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