Elisabeth Badinter sous le feu des femmes-ministres et des anti-publicités

Publié le par Agnès Lenoire

036-CYGOGNE-1136.JPGÉlisabeth Badinter fait la promo de son dernier bouquin : Le conflit – La femme et la mère. Promo sur France-Inter, aux côtés de magazines comme Elle ou le petit nouveau bobo-branché Envy. Des magazines superficiels et lisses qui entérinent une grande tradition féminine, sûrement pas féministe. J’attendais mieux de France-Inter, comme par exemple d’inviter le magazine Causette.

 

Mais foin des mags, restons  avec E. Badinter et son livre. Elle en parle dans un article du Monde de samedi 13 février. Son idée est que la maternité est de plus en plus sacralisée, que l’allaitement devient un devoir sans alternative, et que grossesses et maternages redeviennent ce qu’ils étaient avant les années 1970, c’est-à-dire avant les avancées féministes. Pour Badinter, c’est une régression. Elle y accuse un courant naturaliste, propagé par une écologie radicale et cite à cette occasion N. K.-Morizet qui préconise de laver les couches en tissu.

 

Sur le site Rue89, C. Duflot (elle aussi accusée par Badinter) et N. K.-Morizet  répondent à la philosophe que « allaiter  est une liberté ». Bof… pas tant que ça quand on sait que les marques de lait maternisé n’ont plus le droit d’offrir d’échantillons de leur produit dans les maternités et que la publicité pour Gallia sur les écrans TV nous dit expressément « Le meilleur lait… après le vôtre ! ». Donc pas de véritable choix, au alors avec la culpabilité qui va avec. 

 

J’apprécie les idées de madame Badinter, mais ce qui m’a fait tout à coup reculer et reconsidérer mon adhésion sans faille, c’est d’apprendre qu’elle était la principale actionnaire de Publicis ! Vous imaginez la tonne de pubs sexistes qui vont à l’encontre de ses idées de progrès pour les femmes et qu’elle admet sans broncher ?!  Lisez ses arguments sur la page de Rue89,  elle y élude la question de façon pathétique. Elle ose même dire que « La publicité ne reflète que les stéréotypes sociaux. On peut aussi changer [ces stéréotypes, ndlr] avec une autre présentation » mais « ce n'est pas l'arme principale » pour lutter contre le sexisme ».

 

pers53.gifBien sûr une partie de sa réponse est juste : la pub reflète bien les stéréotypes sociaux. Mais quelle est la place exacte des spots dans ces stéréotypes ? Cause, conséquence ? Est-elle un simple reflet en miroir, c’est-à-dire quelque chose de neutre, voire d’objectif ? On s’y verrait donc tel(le)s qu’on est ? Hum… heureusement que non, car les gentilles caricatures alternent avec les outrances, et parmi une montagne d’inanités et de clichés méprisants, on y trouve parfois des perles d’humour. Cela dit, si la pub n'est qu'un reflet, c’est que la cause du sexisme qui s’y affiche est ailleurs et qu’elle n’y est pour rien, la pauvre pub, si on n’a que des beaufs pour compagnons. Non, je proteste, ce serait quand même trop simple.

 

Je pense plutôt que la pub a un rôle crucial à jouer dans la perpétuation de certains mythes qui ont la vie dure. Elle n’est peut-être pas créatrice de ces mythes, mais elle en est un relais de propagande efficace. Ces mythes, s’ils n’étaient pas notre lot quotidien, risquent alors de le devenir très rapidement après quelques décennies de matraquage télévisuel.

Prenons l’exemple hautement symbolique de la publicité automobile. Dans les années 1950, on pouvait voir déjà des concours de beauté conjoints voitures-élégance féminine. Depuis, pas un iota de progrès n’a été fait. En 2009, les salons automobiles du monde entier nous présentaient toujours leurs dernières-nées affublées d’une jolie nénette destinée à émoustiller le client potentiel. Si quelques hommes raisonnables n’avaient pas, en 1950, envisagé l’automobile et la femme comme deux objets indispensables à posséder, il leur faudra beaucoup de constance et de sagesse pour continuer à ne pas l’envisager, alors que la pub automobile et les salons n’ont de cesse de l'entraîner sur le terrain du machisme, et ce depuis … 60 ans !

 

Je ne suis donc pas d’accord avec madame Badinter : elle minimise le rôle de la publicité dans le formatage des esprits. Mais on sait pourquoi : elle a vendu son âme féministe à Publicis.

Publié dans Egalité des sexes

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Antigone 26/05/2010 16:12



Comme j'ai pu vous le dire sur un autre com, les agences de publicité n'ont pas du tout intérêt à l'écologie. Aussi il me parait assez évident que lorsque Mme Badinter critiques les écologistes,
elle agit simplement dans l'intérêt de publicis.


Dans ces conditions, vous pouvez considérer que tous ceux qui ont présenté son pseudo-débat sur l'écologie, et qui n'ont pas indiqué qu'elle est la première actionnaire de publicis, sont des
gens dangereux, des abuseurs, des menteurs, des entourloupeurs professionnels. Si dans ces conditions, vous croyez encore que France Inter vous informe (car l'info ne fut pas donnée
sur france inter), c'est qu'il vous a échappé que France inter est devenu un laquais, un sbire, un groupe de cyniques spécialiste du double discours. D'une manière globale, si vous
écoutez encore Radio france, faites bien attention à leur manière de présenter les infos boursières; vous comprendrez mieux leur jeu réel..   



Caro 24/04/2010 20:22



bien vu, reflexion interessante, je decouvre votre blog, a bientôt



Agg 14/02/2010 19:28


Ce qui fait froid dans le dos avec votre perspective, Agnès, c'est que vous semblez concevoir les individus comme de purs automates, à peine conscients, dont les "choix" – si tant est qu'on
puisse user d'un tel terme pour l'occasion – seraient dictés par la publicité. Que cette dernière influence les comportements des téléspectateurs, je l'admets bien volontiers, mais vous occultez le
rapport inverse : les comportements des téléspectateurs qui influencent la publicité. En l'occurrence, sur le retour en force de la maternité, j'y vois moins, pour ma part, le résultat d'un
conditionnement social que la conséquence prévisible de l'expérience du monde du travail par les femmes. Enthousiastes par ce nouveau "droit" arraché aux méchants hommes, les femmes réalisent
enfin, quelques décennies plus tard, que ce "droit" n'était qu'une entourloupe du capitalisme et qu'elles ne s'y retrouvent pas du tout, en termes de qualité de vie. Alors certaines diablesses font
à nouveau l'horrible choix de la maternité, en effet, au grand dam des "féministes" à la Badinter, qui n'ont aucune conscience sociale par défaut d'expérience.


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eric 14/02/2010 17:19


@Pourquoisecompliquerlavie

merci pour la touche de latin, désolé...

Par contre tes 2 premiers points restent de l'ad feminam.

Quant au 3 ... je vois pas le rapport avec l'ad choucroutam ?

l'instinct maternel est-il bon parce que c'est un instinct ? (comme la survie, ou l'attirance pour tout ce qui est jeune féminin et à peau lisse ? )

ou bien est-il permis de choisir la société dans laquelle on veut vivre, par delà les instincts ? 

Je pense comme E Badinter, l'allaitement doit rester une liberté.

D'ailleurs, plus généralement, la pression que subissent les parents de la part des instits qui refusent de prendre en "charge" les enfants ( de 8 à 18h par exemple, même malade) se reporte,
tristement, sur la femme. 

Un des actes importants de l'émancipation de la femme serait un service public de la petite enfance, capable de libérer les femmes de la charge des enfants, et leur permettre de travailler. Pas un
ersatz de service public de 8h30 à 16h30 ! De qui se moque-t-on !?

Malheureusement, au lieu d'aller de l'avant, on recule, vers un "la femme doit-elle allaiter et laver à la main les couches ou bien être une "pute" (par réfence à ni pute ni soumise)."

Et le pire, c'est qu'il ne faut pas dénoncer cela, au risque d'être calomnié, et insulté (parce que oui, dire qu'on a vendu son ame à publicis, c'est de l'insulte)
 


Pourquoisecompliquerlavie 14/02/2010 15:53


C'est vrai que le ad feminam (l'accusatif de femina est feminam et non feminem) n'est pas bien.
Il est vrai aussi que si on ne peut lui reprocher d'être la fille de son père, on peut en revanche lui reprocher, sans ad feminam,
1 - de travailler par choix (donc d'y trouver forcément son propre épanouissement) et non par nécessité comme l'essentiel d'entre nous (qui pourrions certainement nous épanouir autrement - enfin
pour ce qui me concerne)
2 - de ne pas influer sur les pub concoctées par Publicis
3 - de raisonner de travers sur l"instinct maternel et la similitude hommes/femmes