Quantic Potential Measurement - ou comment vous faire mettre en boîte.

Publié le par Agnès Lenoire

Dans son édition du 8 août 2007, Le Monde nous présente la machine QPM, ou Quantic Potential Machine, dans sa rubrique « Le Monde & vous ». Cette rubrique est créée pour l’été, elle est donc construite sur le modèle des magazines féminins : la plus creuse et la plus fade possible, sans doute pour aider le soleil à endormir nos neurones. L’article du 8 août confirme cette impression en nous présentant une machine qui est capable de nous dresser « en quelques secondes un profil psychologique », simplement en nous faisant passer un courant électrique de 1,7 volt dans le corps, par les mains, les pieds, et le front, à l’aide d’électrodes.  Au fil des lignes, on apprend  les états d’âme et les interrogations de la journaliste qui a expérimenté cette machine (elle se dit « troublée, dubitative, craintive »), puis, tout de go, sans autre explication, on nous livre une liste des applications de cette machine, et l’on nous vante son grand succès auprès des psys. Comment cela ? Une machine nous décortiquerait le cerveau sans que l’on sache ni où, ni comment,  ni  quelle théorie scientifique lui sert d’appui ? Nous saurons seulement que 180 points sont corrélés à des points du  cerveau. Comme la réflexologie, ou l’auriculothérapie ?  Ne cherchez pas de validations scientifiques,  les expériences avec protocole, il n’en est pas fait la moindre allusion. L’article affirme que l’appareil a été testé sur des milliers de personnes. Mais quelle en est la valeur s’ils n’ont pas été comparés  à des profils dressés de façon classique, par échange verbaux et tests écrits avec un psychologue en chair et en os ? En fait,  la raison d’être de l’article, ce sont les applications et la diffusion de la machine. Le marketing avant la science ; le sensationnalisme avant la compréhension. Plutôt décidée à comprendre quelque chose, je me suis attelée à dénicher un mot à connotation scientifique. « La résistivité » fut ce mot, dans l’expression « la résistivité du corps humain », seule bribe d’explication qui nous est parcimonieusement délivrée. Ce mot m’a emmenée vers la bio-impédance. Sur le site de l’université de Compiègne, on peut lire quelques détails intéressants sur la bio-impédance et ses applications pour la santé… physique. Extraits :

« Le principe de la bio-impédance est de mesurer une tension créée par le passage d'un très faible courant dans les tissus biologiques et se fonde sur la différence de propriétés électriques entre les différents tissus […] L’ECG utilise l’impédance du thorax pour mesurer la fréquence cardiaque […] La bio-impédance ne mesure pas la masse de graisse de l'organisme, la technologie détermine l'impédance électrique des tissus qui permet d'estimer le TBW, c'est à dire le Total Body Water ou masse d'eau corporelle. En utilisant ce résultat, la masse de graisse peut être estimée (Fat Free Mass ou FFM) […] L'impédance bioélectrique est une méthode largement utilisée en nutrition, l'endocrinologie, la médecine et biologie du sport [...]»

Rien de psychique là-dedans. Rien que du physique, du mesurable. Alors comment passer d’une mesure physique à une mesure éthérée ? En passant par le biophysique bien sûr ! C’est ce qu’affirme son inventeur quand il parle de « procédé biophysique », situé au carrefour des neurosciences, de la médecine énergétique et de la psychologie. Comprenne qui pourra ! Passer des différences de propriétés électriques des tissus à un portrait psychologique de l’individu me paraît être du domaine de la magie. Bien sûr, personne ne niera que nos cellules, et notre corps tout entier, soient affectés par des émotions fortes. Le cœur se met à battre au premier rendez-vous amoureux, la sueur perle en cas de peur. Mais en aucun cas, ces réactions émotives ne représentent un portrait habituel de l’individu, seulement l’instantané d’un état émotionnel ponctuel.

Par ailleurs, une psychologue interrogée dans l’article conseille d’interpréter les résultats livrés par l’ordinateur. Elle dit qu’il faut « savoir les restituer et leur donner un sens ». Autrement dit, la machine a interprété les signaux qu’elle a reçus de votre corps (puisque ces signaux traduisent une activité purement physique), et il va falloir à nouveau interpréter cette interprétation pour lui donner du sens. D’interprétations en interprétations, chacun navigue à son gré dans la plus totale irrationalité, en croyant, ou en faisant croire, que l’individu est décrypté. 

Mais parlez moi de moi, c’est ce que je préfère… la machine QPM aura donc du succès, puisque, en dépit de toute raison, elle exploite cette passion humaine.

Publié dans Paranormal

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Arnaud 15/08/2007 18:21

Merci d'avoir écrit cet article.Je n'ai pas lu le Monde, j'ai eu l'info au journal TV. Tout de suite j'ai pensé à ce genre de supercherie, et j'ai parcouru les sites consacrés à la zététique pour savoir si d'aucuns avaient déjà entendu parler de cette machine.