Lunes ou satellites ?

Publié le par Agnès Lenoire

 

Mercredi 18 au soir, dans le centre de vacances où je passe l’été, une soirée d’observation a réuni sous les étoiles plus d’une soixantaine de personnes, petits et grands vacanciers, autour des télescopes de plusieurs amateurs équipés. En début de soirée, avant même que  la nuit ne s’installe, il y avait une jolie barque lunaire à observer, ainsi que Vénus, qui se détachait déjà à l’ouest, bien piquée sur le ciel bleu. Enfin  on put aussi admirer Jupiter, qui ne tarda pas à apparaître au sud dès que le ciel revêtit son habit de velours sombre. Ces séances d’astronomie, quand elles se déroulent en tout début de nuit, ont un avantage indéniable : elles touchent enfin les très jeunes enfants. Eux qui se couchent le plus souvent avant que la Voie lactée ne s’impose en travers de la voûte céleste, signe, en été, que la nuit est profonde et l’heure avancée, ceux-là ont été autorisés, ce mercredi, à faire comme les grands, à mettre l’œil à l’oculaire, et à poser des questions comme les adultes.

La première des questions du public ce soir-là fut de savoir pourquoi, dans le télescope,  Vénus avait la forme d’un croissant, exactement comme la Lune , présente pas très loin à l’ouest. La réponse fut que l’éclairage apporté par le soleil descendu sous l’horizon  peu de temps avant concernait à la fois la Lune et Vénus, qui  recevaient alors les mêmes rayons, du même côté.

Une autre question a ensuite surgi, plus ciblée sur le langage de la science, portant sur Jupiter et ses satellites, dont je venais de dire qu’on pouvait les voir au nombre de quatre dans le télescope.   Une observatrice m’a dit, prudemment, comme si elle n’y croyait pas vraiment : « Si j’ai bien compris, on aurait envoyé des satellites autour de Jupiter ? C’est ça ? ». Le mot « satellite » n’a souvent qu’un seul sens pour le grand public : celui de petit engin que la technologie spatiale expédie en orbite, en l’occurrence autour de la Terre (ou de Jupiter, un jour ?). Cela est révélateur de l’impact fort que joue la technologie dans nos vies, imposant ses mots, détournant les autres sens à son profit.  Car le « satellite » n’est pas qu’« artificiel », il est aussi « naturel », et désigne alors un petit corps de l’espace en orbite (satellisé…) autour d’un astre plus massif  que lui. La personne en quête d’explication m’a alors répliqué : « D’accord, ce sont donc des lunes ! ». Elle a raison, ce sont des lunes, sans le L majuscule puisque ce n’est pas la nôtre.  C’est d’ailleurs ce vocabulaire qui est employé de préférence en grande vulgarisation, dans les médias, sans doute parce que ce vocabulaire est plus parlant. Une lune, on sait ce que c’est, et la représentation mentale ne pose pas de problème. Pourtant notre Lune n’est pas considérée par les astronomes comme un véritable satellite de la Terre , en raison de sa trop grande taille. Bien que satellisée autour de la Terre , elle cherche à échapper à son emprise et s’éloigne tout doucement.

Les satellites ne sont pas que de « communication » ou « d’observation », oiseaux de métal dédiés à notre confort, mais on ne connaît qu’eux, on ne parle que d’eux. De plus en plus, le langage de la science s’efface derrière celui des technologies. Dommage, car il n’est pas toujours plus  complexe.

Crédit photo : Agnès Lenoire

Publié dans Observation du ciel

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