Les vraies « fausses » couleurs de la Lune

Publié le par Agnès Lenoire

Image processing by the U.S Geological Survey, Flagstaff, Arizona.

Le texte qui  accompagne cette photo de Galileo mentionne : « false-color image of the Moon », c’est-à-dire « image de la  Lune en fausses couleurs ». Au vu de l’explosion colorée, on s’en serait douté, me direz-vous ! Pas tant que ça… Les couleurs de cette image ont beau ne pas être celles que l’on voit au quotidien sur notre satellite, il n’empêche qu’elles reflètent une réalité : celle des éléments chimiques qui entrent dans sa composition. Autrement dit, la réalité toute nue de notre astre, vue par des instruments qui ont une capacité que nos yeux n’ont pas : celle d’avoir accès aux différentes longueurs d’onde du spectre lumineux. C’est par ce moyen, la spectrométrie, que les étoiles ont livré, à la fin du XIXe siècle, leur composition chimique, grâce à l’analyse de leur spectre. Une découverte qui a mis fin à la seule connaissance mécanique des étoiles, et des astres en général.

De fausses couleurs pour une vraie Lune, donc, et surtout  une vision en mosaïque que parfois on regrette de ne pas posséder. Je vous propose ci-dessous la traduction d’extraits du texte explicatif de cette photo composite.

« Voici une image de la Lune en fausses couleurs, obtenue à partir de données issues de Galileo en décembre 1992. les couleurs sont produites par la dispersion de trois niveaux de couleur dans le rouge, vert et bleu. Ces niveaux de couleur annulent les effets de variations d’albédo et les ombres du relief, réhaussant ainsi de subtiles nuances entrant dans sa composition. La base de données complète consiste en une mosaïque de six bandes spectrales avec des longueurs d’ondes centrales (en nanomètres) de 410 (violet), 560 (vert), 670 (rouge), 756, 889, et 990. L’image montrée ici consiste en des niveaux de couleurs de 756 à 410 dispersés sur le rouge, de 756 à 990 sur le vert, et de 415 à 756 sur le bleu. En conséquence, le rouge et le bleu sont contrôlés par la couleur visible, tandis que l’intensité du vert est modérée par la relative profondeur de la bande d’absorption à 1000 nm. […] Les points nettement brillants  sont des cratères froids comme Tycho (en bas au centre), qui doivent briller dans les bleus, verts, ou oranges, selon leur minéralogie. Beaucoup de ces cratères sont entourés d’anneaux rougeoyants, probablement dus à un impact qui a vitrifié une mince couche fondue. Les plus jeunes des larges cratères sont encerclés d’éjections et de rayons brillants bleus. Le large secteur orange (plus haut à gauche) consiste en une plaine de laves riches en fer, tandis que  l’espace étendu en bleu profond révèle une plaine de laves  riches en titane. Les points brillants (centre)  dans le bleu le plus profond (ou pourpre) sont des dépots  sur le « manteau sombre », issus des éruptions volcaniques, lesquelles sont riches en titane et relativement riches, pour la Lune ,  en gaz volatiles. […] »

 

 

Les images de la science obtenues avec les technologies modernes sont souvent des bijoux de raffinement, que ce soit en nanotechnologies avec cette image d’une manipulation d’atomes de fer réalisée avec un microscope à effet tunnel, ou les reconstitutions d’images de l’espace dans ses couleurs « chimiques », comme la belle Lune du haut de cette page. On nous dit souvent de nous méfier de ces images, qu’elles ne sont qu’artefacts. C’est accorder bien peu de prix à une réalité qui, si elle échappe à nos yeux, est pourtant bien présente dans notre monde.  Les révéler à nos yeux limités est un des talents de la science.

Publié dans La Lune et nous

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