Journée de la femme : peut mieux faire !

Publié le par Agnès Lenoire

La journée de la femme est terminée. Ouf…serais-je tentée de dire, tant les petits mots doucereux et les railleries émaillent désormais ces journées rituelles. Pas un instant sans qu’un monsieur bien intentionné ne manifeste une galanterie ostentatoire, cette courtoisie sexuée d’un autre âge, que beaucoup de femmes voudraient voir disparaître au profit d’une courtoisie tout court, qui autoriserait alors la réciprocité.

La galanterie semble alors, dans la rue, être la seule justification de cette journée, occultant les graves problèmes concernant les femmes. Si elle n’est perçue que de cette façon par le grand public, cette journée de la femme est-elle encore utile ?

Son origine s’ancre pourtant dans le féminisme et la politique. Elle fut créée le 8 mars 1910, à Copenhague, par la journaliste révolutionnaire allemande Clara Zetkin à l’occasion d'une réunion de la confédération internationale des femmes socialistes. Elle avait réussi à réunir des femmes de 17 pays et se battait pour favoriser l'accession des femmes au droit de vote. Puis c'est Lénine, qui en 1921, instaure la journée du 8 mars pour célébrer la révolte des ouvrières de 1917. Jusqu’en 1970, le communisme se fait le gardien de l’esprit de la journée de la femme. Mais en  1970 le féminisme reprend le dessus et domine.

 

En France, c’est à partir de la création en 1982 du ministère aux droits de la femme de Yvette Roudy, que la journée du 8 mars est consacrée.  Yvette Roudy « considère les symboles utiles au changement des mentalités ». Le rituel est-il un symbole ? Est-ce à travers ces journées que les femmes ont obtenu les plus grandes avancées ? Cette journée internationale n’a pourtant pas empêché la dure condition des femmes dans le monde. 90 millions de fillettes manquent à l’appel en Asie, par avortement, infanticide à la naissance, ou négligences au quotidien. Plus proche de nous, en France, on apprend, effarés, le nombre de femmes victimes de violences conjugales. Et la frayeur augmente en sachant que la France accuse un retard considérable dans la lutte contre ces violences : l’éviction immédiate du conjoint violent est prévue par la loi depuis 2004, mais jamais appliquée. En Espagne par exemple, une éviction « immédiate et durable » est prévue et exécutée. Pour un panorama complet de ces exactions commises contre la moitié de l’humanité, lire l’ouvrage collectif, devenu une référence, dirigé par Christine Ockrent, Le livre noir de la condition des femmes, chez XO éditions, 2006.

 Je crois plus en le pouvoir des lois et de ceux qui les feront appliquer qu’en ces journées censées tenir lieu de symbole, et qui s’effacent du jour au lendemain. À ce titre, la Charte des Droits de l’Homme est un outil à afficher, à rappeler, et à  user. Seul le respect de ce  texte fondateur peut aller au-delà du symbole.

 

 

 

 Dessin de José Tricot, illustrateur pour la revue Science et pseudo-sciences (AFIS).

 

Publié dans Egalité des sexes

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Posuto 12/03/2007 09:28

Merci pour ce billet qui met les pendules à l'heure. Je n'ai pas entendu de réel bilan sur la condition de la Femme dans le monde au cours de cette journée de "célébration" (peut-être que je n'avais pas mis allumé mes oreilles correctement), c'est donc rassurant d'entendre des voix individuelles s'élever ça et là pour rappeler l'essentiel. La Femme est aussi un être humain, non ? C'était aussi le moment, il me semble, pour que toutes réalisent que si, dans notre pays riche et civilisé il existe des inégalités scandaleuses, il est question à l'échelle du Monde de vie ou de mort.PS : j'ai un ami qui a travaillé en Afrique (une organisation caritative au Burkina ) et qui a vu plus d'une fois la violence en action...par exemple une femme (en situation d'extrême pauvreté), mère de jumeaux, garçon et fille, qui laisse mourir la petite fille de faim pour que le garçon survive...Merci encore pour votre billet.