L’effet de serre et l’exemple de Vénus

Publié le par Agnès Lenoire

 

Responsabilisation ou culpabilité du citoyen ?

L’effet de serre semble être le sujet adulé de tout média digne de ce nom. Et surtout l’effet catastrophiste qui l’accompagne, culpabilisateur à souhait de chaque citoyen. Impossible de ne pas penser au déluge, à l’apocalypse. Il ne se passe pas un jour sans que l’on rabâche à qui veut l’entendre que nous sommes responsables de l’état de notre planète et que l’enfer nous attend désormais au bout de la route.  Une nouvelle forme de punition nous est promise, fustigeant l’irresponsable qui  aurait l’audace de ne pas vérifier une étiquette d’aérosol, mais baissant le ton, étrangement, devant les industriels.

Une planète profondément indifférente

Un numéro spécial de Science et Vie avait titré en 2002 : « Notre planète est-elle menacée ? ». Notre planète, au sens de la définition astronomique[1], n’a que faire d’être menacée. Le langage employé par Science et vie en 2002ainsi que par tous les médias et tous les écologistes depuis, est anthropomorphique et n’a pas de sens… C’est pourtant un vecteur linguistique fort, qu’on ne remet plus en cause. Dommage, car on se trompe alors de victime. L’homme a peur pour lui, pas pour le caillou qui le porte.  Une planète est vouée, par essence, à l’évolution, qu’elle soit lente ou brutale. Le vingtième siècle nous a appris que l’univers a une histoire. Alors pourquoi notre Terre resterait-elle figée, envers et contre tout, sous prétexte que les conditions de vie qu’elle nous propose nous conviennent ? La Terre évoluera, et ses transformations, à l’image de celle des êtres vivants qui lui sont liés, se fera graduellement mais  aussi par crises et accidents.

Mon propos n’est pas ni de mesurer ni de trancher entre les causes, humaines ou naturelles, de l’effet de serre. Mon propos est de proposer un langage franc et direct, celui de la sauvegarde de nos vies et surtout de celles de nos descendants. Il s’agit donc plus pour l’Homme de préserver ce qui lui est indispensable pour vivre et faire vivre les futures générations, que d’entreprendre une croisade ambitieuse et désespérée contre les mutations d’une planète, qui, soyons assez humbles pour l’admettre, n’a pas été finalisée pour nous accueillir, et donc risque un jour de nous « trahir »… Car le langage de « dégradation » ou de « sauvegarde » nécessite un état d’esprit progressiste qui voudrait que la terre évolue absolument dans le sens profitable à l’Homme. Et par conséquent qu’une évolution dissidente soit un drame écologique…

Une autre planète avant nous…

Or, notre planète n’est pas un berceau protecteur élaboré pour la vie, si l’on accepte l’idée du hasard dans l’apparition de la vie. Il se trouve seulement que les conditions  étaient propices à son émergence. Elle ne connaît pas de dégradation, ni d’issue dramatique. Ses transformations, en dehors de la présence humaine qui les subit, ne sont que purs aléas de son cheminement.

 

« Les informations collectées seront essentielles pour mieux comprendre comment le climat de la planète a évolué pour devenir si hostile. Cela nous permettrait d’anticiper une éventuelle catastrophe climatique sur Terre. »

Si un jour la Terre devait se recouvrir d’épais nuages comme Vénus et que nous devions être rayés de sa cartographie, nous deviendrions peut-être l’astre le plus brillant dans le ciel d’une autre planète ! Dure loi de l’évolution planétaire qui ne nous demande pas notre avis… 


[1] Corps céleste non lumineux par lui-même qui gravite autour d’une étoile. (Philippe de la Cotardière, Dictionnaire de l’astronomie et de l’espace, Larousse)

[2] Revue Ciel et espace, septembre 2002, article de Emilie Martin « Vénus, le retour en grâce »

La sonde Vénus Express, Crédit photo NASA, catalogue Spacecraft.

L’exemple de Vénus en est une illustration. Elle fut longtemps considérée comme jumelle de la Terre, par sa taille, et porteuse d’espoir de vie, par sa proximité relative avec le Soleil. Il fallut les visites des sondes soviétiques Venera, entre les années 1967 et 1984, et en particulier celle de Venera 4, en 1967, qui analysa la composition de son atmosphère, pour découvrir combien elle était inhospitalière, nimbée de brumes empoisonnées. Il pleut de l’acide sulfurique sur Vénus. Venera 4 en est morte de stupeur, à 27 km d’altitude, par 20 bars de pression, et 270 ° de température. Vénus est enveloppée d’un épais manteau de gaz carbonique, bloquant toute observation en longueur d’onde visible. Seules les sondes Venera (la 15 et 16, en 1983), ont pu cartographier sa surface par balayage radar.

L’effet de serre y est tel que sa température de surface est de 470 ° (température de fusion du plomb), de jour comme de nuit. Si Vénus est jumelle de la Terre, belle perspective pour les humains.. ! Il est d’ailleurs probable que Vénus n’ait pas toujours été dans cet état, mais que quelques paramètres initiaux différents de ceux de la Terre aient entraîné un emballement inéluctable de son climat. On peut alors parier sans risque que si d’éventuels « Vénusiens » avaient eu l’audace d’apparaître, ils n’auraient pas survécu à la transformation drastique de leur planète. Planète qui pourtant, vue de la Terre, est de toute beauté à observer, grâce justement à cette couche nuageuse qui disperse le rayonnement solaire, et en fait l’astre le plus brillant à admirer dans notre ciel. Si les Vénusiens avaient existé, ils auraient pu sans doute nous transmettre quelques conseils pour enrayer l’engrenage de l’effet de serre mortel …et sauver notre peau. À supposer bien sûr que en soyons les seuls responsables, ce qui n’est pas encore démontré, mais ce qui ne nous dédouane pas des précautions à prendre.  L’ESA, avec la contribution du CNES a envoyé une nouvelle mission vers Vénus, Vénus Express, en 2005. Elle a pour mission  d’étudier scrupuleusement son atmosphère et surtout ses interactions avec le vent solaire et son effet de serre intense. Voir les résultats de cette mission sur la page du CNES. David Southwood[2], directeur de l’ESA, affirmait en 2002 :

Publié dans Sciences

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totem 04/03/2007 10:16

J'adhère complètement à votre vision des choses, je m'escrime à argumenter dans ce sens sur les commentaires d'articles du Monde.fr face aux catastrophistes et autres intégrismes écologiques. Ma meilleure référence étant un ouvrage assez ancien de James Lovelock "Les âges de Gaïa" qui m' a fait comprendre que nous faisions partie intégrante de cette boule de terre, d'eau et de feu. L'antropomorphisme de nos frères humains est tout simplement affligeant quand il n'est pas teinté de croyances irrationnelles et destructrices, mais elles font ,elles aussi, partie de notre humanité terrestre et y participent. J'évoque aussi dans une note de mon blog Gregory Bateson qui explore le chemin de l'écologie de la pensée.