Bioéthique : une opinion publique en construction ?

Publié le par Agnès Lenoire

À l’initiative de Pierre-Yves Fagniez, rapporteur du projet de loi sur la bioéthique, et de Valérie Pécresse, présidente du groupe d’études sur les applications des biotechnologies en génétique et problèmes éthiques, des rencontres parlementaires ont lieu afin de préparer la nouvelle loi de 2009. Le Monde du 9 février rend compte des travaux de la dernière réunion du 7 février. Au cours de cette rencontre, des médecins ont demandé un assouplissement de la loi de 2004 encadrant le clonage thérapeutique et la recherche sur les embryons. Toujours d’après Le Monde, il semblerait que le ministre de la santé Xavier Bertrand devienne plus favorable à un abandon de l’interdiction au profit d’une activité de recherche encadrée par l’Agence de biomédecine. Par ailleurs, pour la première fois, a été lancé un sondage (réalisé par l’institut InfraForces entre décembre 2006 et janvier 2007) auprès d’un échantillonnage de 1086 français. Ils ont été interrogés sur leur opinion quant aux différents secteurs de recherche en bioéthique.
 
On remarque que quelques chiffres expriment bien les réticences des français sur certains points : 55 % des personnes interrogées pensent qu’il faut réserver les techniques de procréation médicalement assistée uniquement aux couples hétérosexuels ; 38 % accorderaient aux femmes seules désirant un enfant le droit à cette procréation assistée. Mais ces pourcentages faibles laissent soudain la place à d’autres plus impressionnants, dès qu’il s’agit de questions sur les embryons et de l’utilisation des cellules souches. En effet, 80 % des français interrogés estiment que ces recherches sont « un espoir pour le futur et un progrès pour les malades et leurs familles ». 95 % pensent que le diagnostic prénatal est une bonne chose, et 89 % estiment qu’en cas de maladie génétique dépistée, c’est au couple de prendre la décision ; mieux encore, et je cite l’extrait du Monde : « 75 % des Français rejette le fait que la loi ou un comité d’éthique puissent intervenir dans une telle décision ». Enfin, 80 % des sondés ne veulent pas d’intervention religieuse dans ces débats
 
Ces hauts pourcentages sont clairement un plébiscite en faveur des recherches, une marque de confiance envers la science, et un désir d’évolution détaché de toute entrave. Et pourtant, lisez un peu ce que conclut l’Agence de la biomédecine au vu des résultats de ce sondage : « Les éléments recueillis font apparaître une opinion dont les convictions ne sont pas stabilisées […] et qu’une position sociétale n’a pas encore de sens. L’opinion sur ces sujets est en construction. » 80, 95, 89, 75, 80 % d’opinions en faveur du progrès, ce ne serait que roupie de sansonnet ?  Les français ont montré par ces pourcentages éloquents qu’ils étaient du côté de l’évolution des recherches scientifiques, et ils revendiquent la liberté individuelle (pas d’intervention religieuse, ni de comité d’éthique). Ce ne serait que des opinions qui n’ont pas de sens ? Ces chiffres sont des chiffres-massue et ne les prendre que comme « une conviction  non stabilisée » ou une « position sociétale dénuée de sens » est une attitude de mépris à l’égard des français interrogés. L’Agence aurait-elle été un tantinet vexée que l’opinion publique clame ainsi haut et fort qu’un comité d’éthique n’a rien à faire dans les décisions individuelles d’un couple ?
 
L’Agence de biomédecine n’a plus qu’à essayer de suivre : les français ont pris une longueur d’avance !
 
Source : Le Monde du 7 et du 9 février 2007
 

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