Darwin au festival des sciences à Chamonix

Publié le par Agnès Lenoire

Depuis 19 ans, Chamonix organise un très beau festival des sciences au sein du splendide bâtiment Majestic. Ce festival étend aussi des ramifications au cinéma du centre ville et sur le terrain, en altitude.

Cette année le thème « Les frontières » a donné lieu, entre autres, à des spectacles, des films, ou conférences sur les frontières entre animal et humain,  sur l’évolution, sur Darwin. Jeudi matin, premier jour de festival, je me rends donc au cinéma Vox de Chamonix où sont projetés des films scientifiques du CNRS.

10 h : « Darwin aujourd’hui » (2008) 30 min., avec Guillaume Lecointre, un film intelligent et passionnant.

10h 30 : un film qui m’a laissée bouche-bée tant il contrastait avec le précédent : « Adam, roi des singes », film de monsieur Chaline, paléontologue, directeur de recherche émérite au CNRSS, datant de … 1997 ! Tout de suite le ton a été donné : Jean Chaline a des vues téléologiques, c’est-à-dire qu’il voit une finalité à l’évolution. Il parle « d’horloges internes du vivant », ce qui laisse peu de place aux contingences, et d’ailleurs le mot « hasard » est soigneusement banni de ses discours. Jean Chaline fait partie de l’Université Interdisciplinaire de Paris, organisme qui œuvre pour une réconciliation des sciences et de la religion, et surtout pour une spiritualisation des sciences. Sciences et sens, c’est le combat de l’UIP. Jean Chaline y intervient au côté de madame Dambricourt-Malassé, elle aussi investie dans les horloges internes, qui nous feront sans doute aller à l’heure là où nous devons aller….

 

Dans son film, monsieur Chaline s’est évertué à nous dresser l’inventaire des différences entre l’humain et le chimpanzé. Tout y est passé : la bipédie (ah, la bipédie, marque de fabrique de l’humain !), l’appui au sol des mains, la pilosité, le front, les yeux, le menton, le crâne, tout, tout est différent entre le singe et l’homme ! Alors, oui, il admet que 99% du génome (c’était le chiffre de 1997…) est commun aux deux cousins, mais c’est pour mieux  questionner ensuite : comment expliquer alors que 60% de leur morphologie soit différents ?

 

Moi je ne trouvais pas tant de différences morphologiques. C’est très subjectif, la perception des différences  physiques…
Regardez un peu la photo ci-contre ; ça fait réfléchir, non ?
14h : au Majestic, une pièce de théâtre m’attend : Le Bulldog de Darwin. Un spectacle vivant,  par la compagnie ART’M, où deux acteurs tour à tour se mettent dans la peau de deux primates, puis dans la peau de Huxley (c’est lui le bulldog) et de Darwin,  puis dans la peau du professeur Scopes dans le procès du singe en 1925. Et puis, à intervalles réguliers, des extraits de L’origine des espèces sont lus. Parmi ces extraits, une description par Darwin de toutes les ressemblances innombrables qui rassemblent les chimpanzés et l’homme. Longue, longue liste, parfait contrepied de celle de Jean Chaline.  Le contraste, la contradiction étaient saisissants.

 

La suite du spectacle était assurée par un débat animé par Pierre-Henri Gouyon, spécialiste de l’évolution, et Jacques Roux, metteur en scène de la pièce. Je n’ai pas pu m’empêcher de raconter au micro ce que j’avais vu le matin même au cinéma. En entendant le nom de Jean Chaline, Pierre-Henri Gouyon  a mimé le suicide par arme à feu en pointant son index sur sa tempe.  Mais, se reprenant, il a ajouté avec un soupir « C’est le jeu des points de vue ».

Publié dans Sciences

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Super blog, j'adore vos articles et reportages, bonne continuation.