La sélection naturelle et la morale

Publié le par Agnès Lenoire

En réponse aux différents commentaires sur le dernier billet « Darwin awards »

Certains m'y font plusieurs reproches principalement de trois ordres : 1 je serais moralisatrice 2-  je serais du type "bisounours" parce que je ne vois pas d'intention cruelle dans l'évolution. 3- je ne devrais pas lancer une accusation de type "personnel" ("Où sont les idiots ?").

Premier point : la morale.  Quand on moralise, on détermine des comportements normés et on les juge, puis on punit les mauvais. Jusque là je ne dis rien de controversé ? 
C'est exactement ce que fait le prix "Darwin awards" : il a déterminé ce qui était bon, puis choisi des gens "idiots", et il se réjouit de ce que les désignés  se soient punis eux-mêmes.
Si c'est pas de la morale, ça ! Par contre, si je vais à l'encontre de cette attitude, je me définis comme amorale, ce qui ne signifie pas que je sois immorale, ni que je sois dénuée de  sens de la justice ou de l'équité.


Second point : la sélection naturelle est cruelle, et moi je suis "bisounours".  Grosse erreur sur le darwinisme, je ne cesserai de le répéter ! La sélection naturelle n'étant pas douée d'âme, elle n'a pas d'intention, ni cruelle, ni tendre. Le manichéisme qui ressortirait d'un tel jugement porte au mysticisme.  La sélection agit en neutralité, vers une élimination indirecte (par absence de reproduction) ou vers un avantage, naturel (reproduction assurée) ou culturel (vie en société). Nous appliquons à la sélection des émotions qu'elle n'a pas, parce que nous les ressentons quand nous observons ce qui agit dans les phénomènes naturels. C'est de l'anthropomorphisme. Pas de bisounous, donc, pas de diable non plus.


Troisième point : je ne devrais pas former d'accusation "personnelle" : ma question de titre et de fin interpelle un groupe indirectement, sous forme de question. Et c'est vraiment ainsi que je le pense, sous forme de doute. Ce n'est pas une accusation, c'est une véritable inquiétude.

 

J’ai manqué d’humour dans ce billet, vous me le reprochez aussi. Certes, vous avez raison ! Sachez que je n’en manque pas toujours, mais que j’ai le tort de cibler mes sujets d’amusement. Par exemple, les Ignobels me font bien rire, parce qu’ils ne détournent aucune théorie scientifique, que les lauréats, s’ils sont moqués, le sont sans arrière-pensée, et que le farfelu de l’affaire met tout le monde à l’aise.

 

Publié dans Idées reçues

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eric 02/04/2009 01:01

Stop ! la volonté individuelle est "atomique". Elle est. Il n'y a pas de "théorie" aussi compliquée soit-elle qui permette de prédire cette volonté (cf les nombres incalculables oméga de Chaitin src )Après, l'anthropologue peut essayer d'avoir des théories des mécanismes sous-jacent, mais cela ne résout pas le problème ci dessus. Tel le principe d'incertitute d'Heisenberg, on peut prédire statistiquement la volonté des gens, mais jamais assez finement pour atteindre une connaissance individuelle.Quant au débat sur les lois, usuellement, chacun va chercher en "introspection" les "raisons" qui le pousse à adopter une position, et l'argumenter. On peut discuter aussi bien du gout et des couleurs, c'est aussi efficace (des fois ça marche)ou alors, on utilise les théories anthropologiques des "motivations" des gens, et on construit les arguments ad hoc. (cela s'appelle de la communication ;-) )

Grasyop 02/04/2009 00:30

C'est quoi une réalité objective ? Une réalité qui ne dépend pas de l'observateur ?Les robes rouges sont-elles plus excitantes que les robes bleues ? C'est subjectif, n'est-ce pas, car ça dépend de celui qui observe les robes. La robe n'est pas excitante en soi, elle l'est seulement pour un certain observateur, et elle ne l'est pas pour un autre. Et si personne ne l'observe, elle n'excite personne.Une personne A mesure 1m80. C'est objectif car ça ne dépend pas de la personne B qui l'observe. Même si B estime que A mesure 1m70, ou qu'il mesure 2m, ou même si personne n'observe A, celui-ci continue de mesurer 1m80.Une personne tombe par terre et se fait mal. Bien sûr, cette souffrance dépend de la personne qui tombe, selon qu'elle est douillette ou dure à cuire. Mais je dis que cette souffrance est objective car elle ne dépend pas des observateurs éventuels. Même si je vois la personne tomber et que j'estime que ce n'est rien, qu'elle ne doit pas avoir mal, ou au contraire qu'elle a dû se faire très mal, ou même si personne ne la voit tomber, elle continue d'avoir mal avec la même intensité, n'est-ce pas ? C'est donc une réalité qui ne dépend pas de l'observateur, une réalité objective.Ce qui est vrai en revanche, c'est que les sensations ne sont pas des grandeurs physiques mesurables ou communicables : je ne pourrai jamais savoir exactement comment la personne à terre ressent sa souffrance (je peux juste l'imaginer par analogie, c'est l'empathie), de même que je ne peux pas savoir si ma sensation de "rouge" ressemble à votre sensation de "rouge". Les sensations ne sont pas communicables, mais nous ne sommes pas moins convaincu de leur réalité.***« Ben, c'est simple et carré : ma volonté. Je veux la loi qui interdit de tuer. Toi aussi ? formidable, on la vote et pi voilà. »La loi vient de nos volontés, d'accord, et d'où viennent nos volontés ? Et pourquoi changent-elles parfois (nos volontés, et donc nos lois) ?Et si je ne suis pas de votre avis, si je suis contre votre loi ? On vote... 1 contre 1, match nul. Qu'est-ce qu'on fait ? On débat ? Vous allez essayer de me convaincre que votre loi est bonne et que je devrais la voter. Avec quels arguments ? Vous allez bien devoir vous appuyer sur des faits objectifs pour me convaincre que votre loi est bonne et qu'il faut la voter, alors quels faits objectifs, sinon le tort que cela cause de tuer quelqu'un ?(D'ailleurs, dans la réalité, je ne veux pas de votre loi intangible qui interdit de tuer dans tous les cas. Dans certaines situations, je suis favorable à l'euthanasie, et je fonde ma position sur la souffrance épargnée par cette euthanasie.)

eric 01/04/2009 23:01

ho, tout de suite les grands mots.la souffrance et le plaisir sont la définition même d'une réalité subjective. Poser un attribut de "bien" ou "mal"  à une action, ou une classe d'action, et tenter de "mesurer" cet attribut, indépendamment de l'observateur est peine perdue. La morale n'est donc pas scientifique.Pire, ma conviction est que la partie du cerveau qui est activée pour les raisonnement "moraux" est incompatible avec une activité scientifique et raisonnable. (comme de peindre quand on a envie de faire pipi).La morale est une émotion très "intuitive" et discuter des points de vue moraux, revient pour moi à se demander si les robes rouges sont plus excitantes que les robes bleues. Bof.Alors, tu vas me dire "oui... houlala, relativisme moral... pas bien... comment tu fais pour ne pas tuer ton voisin". Ben, c'est simple et carré : ma volonté. Je veux la loi qui interdit de tuer. Toi aussi ? formidable, on la vote et pi voilà.La loi, contrairement à l'attribut de bien et de mal, est quelquechose d'objectif, indépendant de l'observateur. Ca me va bien, moi comme façon de résoudre le problème.

Grasyop 01/04/2009 22:33

Éric,« Attribuer une valeur de "bien" ou "mal" à quelquechose revient à faire croire que c'est un attribut objectif de la chose. »Défendez-vous un relativisme éthique ? Je pense pour ma part que certaines actions sont objectivement bonnes et que d'autres sont objectivement mauvaises.M'accordez-vous que la souffrance ou le plaisir sont des réalités objectives ? Si oui, alors vous m'accorderez certainement qu'une action qui cause uniquement de la souffrance, est mauvaise, et qu'inversement, une action qui ne cause que du plaisir est bonne, et que ce sont là des réalités objectives.Par exemple, torturer quelqu'un gratuitement (pas pour lui extirper des renseignements qui vont vous permettre de sauver le monde... ) est une action objectivement mauvaise.Plus généralement, une action qui augmente le bonheur (plaisirs "moins" souffrances) global de l'ensemble des êtres qu'elle affecte est bonne, et une action qui le réduit est mauvaise. Non ? C'est en tout cas mon avis, et celui de la morale dite "utilitariste" (oui, je sais, le sens du terme a dérivé... ).

eric 31/03/2009 10:40

Bon, je ne voudrais pas passer pour le mauvais coucheur. J'aime ce blog. Je suis abonné à son fil RSS, et quand un blog me fait suer, je le vire de mon aggrégateur, et j'en parle plus. Je reste sur celui-ci, parce que j'aime bien.Quant au discours moral, je lui préfère celui de la "volonté". Attribuer une valeur de "bien" ou "mal" à quelquechose revient à faire croire que c'est un attribut objectif de la chose. Ce qui est antisceptique ( ha le super jeux de mots, ça c'est de l'humour)On pourrait en rester là, mais, malheureusement, je constate que quand le discours se fait "moral" la raison a des ratés, même et y compris sur un blog sceptique.C'est un très bon excercice de zététique d'exprimer un jugement personnel, sans tomber dans les travers (toutes proportions gardées) que l'on chasse par ailleurs.