Un brevet de bonne santé contre les comportements à risques

Publié le par Agnès Lenoire

S'émouvant de l'ampleur des problèmes de santé publique touchant les jeunes (alcool, toxicomanie, tabagisme, suicide)  un groupe de députés, dirigé par Muriel Marland-Militello, a déposé un projet de loi le 12 novembre 2008.   Ils y précisent que « l'arsenal juridique » serait facile à utiliser pour le législateur, mais qu'il a été écarté au profit d'une politique de prévention, qui devrait se faire au sein des établissements, le « cadre familial  ne suffisant plus pour apprendre à nos jeunes des règles de base leur permettant d'être des adultes responsables ». Le cadre familial est ainsi, d'emblée, déclaré incapable.


Actuellement, le code de l'éducation prévoit au moins une séance par an pour prévenir les collégiens et lycéens des méfaits de l'alcool sur le développement du fœtus  (article L3126-17). Une information doit en outre être faite sur les dangers de la consommation de drogues, à raison là aussi d'au moins une séance annuelle (article L312-18).


Les établissements en charge d'une mission, mais pas des moyens


Le projet de loi Marland-Militello prévoit de fondre les deux articles en un seul, et de traiter d'autres sujets de préoccupations sanitaires : les risques liés aux drogues, à l'alcool (pas seulement sur les fœtus), les dangers du tabac, les troubles alimentaires (anorexie, boulimie), et le suicide. Pour aborder tant de problèmes aussi sensibles, on pouvait imaginer que le crédit-horaire allait augmenter en proportion. Et bien pas vraiment... De « une heure au moins », on passerait à « deux heures au moins », alors que le contenu explose ! En deux séances par an, ces sujets sensibles et porteurs d'affects, de culture, de tabous (alimentation saine ou malsaine, liens entre plaisir et danger, mal-être, dépression,  pulsions) devront être expédiés en deux séances. Certes les collèges et lycées pourront en faire plus s'ils le veulent, mais avec quel crédit-temps et quels moyens matériels et humains ?


La "bonne santé" inscrite dans le dossier scolaire
 


Au final, ces deux séances annuelles devront vivement porter leurs fruits car un « brevet de bonne santé » sanctionnera le gain de ces séances à un moment donné de la scolarité de l'enfant.

Ce « brevet de bonne santé »  a des relents de formatage biologique. L'adolescent n'aurait plus alors la santé qu'il peut, en lien avec son environnement et avec ses possibilités,  mais la santé qu'il aura eu la volonté de s'approprier, par obéissance aux codes scolaires.  Une prévention bien comprise et bien menée ne devrait pourtant conduire qu'à la protection des jeunes, à leur mieux-être quotidien et  futur, et non à l'attribution d'une norme sanitaire qui les suivra dans un dossier scolaire. 

Grâce à ce brevet, il paraît que « les jeunes, que l'on aura su protéger des excès, auront toutes les chances de devenir des adultes épanouis et équilibrés. » Finalement, l'éducation aux risques, ce n'est pas si compliqué, ce n'est que l'affaire de deux coups de cuillères à pots ! 

Illustration : M. du Genestoux, Mademoiselle TROUBLE-FÊTE, 1930, éd. Hachette, coll. Nouvelle bibliothèque rose.  

Publié dans Éducation

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