Veille de l’opinion enseignante ou comment avoir la subversion à l’œil

Publié le par Agnès Lenoire

 

Les ministères de l’Éducation nationale et celui de l’Enseignement supérieur et de la recherche ont lancé un appel d’offres pour une veille de l’opinion sur internet. L’offre coûtera, les deux ministères confondus, 220 000 euros hors taxes. Dans le texte du 15 octobre 2008, il s’agit de balayer et surveiller le web, et en particulier les sources stratégiques, sites commentateurs de l’actualité, revendicatifs, informatifs, participatifs, politiques. La veille concernera  les sites de syndicats, de partis politiques, de mouvements revendicatifs, mais aussi les blogs, les pages perso. Il s’agit aussi de repérer les pétitions, les vidéos en ligne et les différents appels.

 

Dès le week-end dernier, les réactions ont couru sur le web : « stop au fichage ! » « flicage ! », « big brother ! », les protestations ont enflé. Ce week-end,  Véronique Mély, directrice de la Délégation à la Communication commune aux deux ministères concernés, se fend d’une réponse aux enseignants qui grondent, dans le journal Libération daté du 15 novembre, sous le titre « Veille d’opinion dans l’Éducation.  "En aucun cas on ne peut parler de fichage." ». Madame Mély prétend que cette veille n’est pas faite pour « identifier des cas individuels ». Elle dit que « tout cela procède du fantasme », et en guise de conclusion : « Je suis assez surprise par l’interprétation de cet appel d’offres et par l’amalgame. ». Ah bon ? Voyons pourtant les phrases et mots précis employés par l’appel d’offre dans l’énumération de ses objectifs et voyons s’il est possible de les interpréter et de fantasmer. Que signifient selon elle les actions suivantes (texte de l’appel) :

 

  • Identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l’opinion
  • Repérer les leaders d’opinion, les lanceurs d’alerte et analyser leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau

[…]

 

Madame Mély ne veut pas identifier les cas individuels, mais l’appel demande bien à repérer les leaders d’opinion. Si le leader n’est pas un cas individuel, que peut-il bien être ?  Même chose pour les lanceurs d’alerte, qui sont bien des cas individuels. C’est d’ailleurs ces  deux expressions : « lanceurs d’alerte » et « leaders d’opinion », qui font réagir les enseignants.

Elle affirme aussi qu’il n’y aura pas fichage. J’ai du mal à imaginer que, une fois identifié, le dangereux leader d’opinion n’ait pas son nom noté quelque part pour pouvoir le retenir. Juste sur un post-it  près du clavier ? Vraiment ?

 

Madame Mély nous a servi ce samedi une soupe à la langue de bois. Personne ne sera dupe, surtout pas les enseignants engagés et « leaders d’opinion ».

Publié dans Droits de l'homme

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