Stéréotypes et discriminations dans les manuels scolaires

Publié le par Agnès Lenoire

 


Cet article vient d'être repris par le site Rue89, sous une forme plus courte et sous le titre "Ces clichés sexistes que les enfants apprennent à l'école", à la date du 14 novembre 2008.

« Il s’agira de développer les dispositions générales et fondatrices de notre système, relativement aux principes d’égalité et de non-discrimination, afin d’expliquer en amont les propositions que nous formulerons à l’attention des éditeurs. » Page 16 du rapport

L’Université de Metz vient de réaliser pour le compte de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité (HALDE) un rapport de deux cents pages  concernant la « place des stéréotypes et des discriminations dans les manuels scolaires ». L’approche fut réalisée sur trois fronts : juridique, cognitive, socio-psychologique et a  concerné les femmes, les minorités visibles, les personnes en situation de handicap, les personnes homosexuelles et les seniors. Je m’attacherai ici à la partie concernant les femmes.

Les appels à vigilance pour la non discrimination dans les manuels scolaires ne sont pas récents : le premier  a eu lieu dans la Convention des Nations Unies en 1964,  puis des actions de sensibilisation ont été entreprises dans les années 1970, une conférence des Nations Unies fut consacrée à cette question en 1980, un ministère des droits de la femme fut créé en 1981, un  comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes se fit jour sous l’impulsion de l’ONU en 1988. Enfin de nombreuses circulaires ont rappelé la nécessité de la non discrimination en 1983, 1984, 1995, 2000, 2005, 2006.

Le rapport insiste en préalable sur deux points : l’importance du manuel scolaire chez l’enfant et sa famille, qui représente un référent, un appui solide reflétant l’état d’esprit d’une société et l’état de ses savoirs ; le manuel transmettra alors les valeurs qui y sont contenues. L’importance aussi du « poids de l’intériorisation des stéréotypes de sexe ». Les familles n’en sont pas toujours conscientes mais les petits gestes ou mots discriminatoires de chaque jour, considérés comme anodins, imprègnent d’autant mieux l’esprit qu’ils passent inaperçus. Il en est de même des images dans les manuels scolaires. Présentes en tant qu’illustrations, ne véhiculant pas le fond du propos, elles confortent pourtant les discriminations, leur attribuant un statut « de nature ».

 

LES QUESTIONNAIRES

Lors des questionnaires aux élèves et aux enseignants, un collégien a remarqué que, systématiquement, dans les illustrations de son livre de maths, l’enfant qui ne comprend rien aux maths est une fille, et que, dans un manuel de technologie, c’est une fille qui est perplexe devant une machine-outil. Or, les études sociologiques (Terrail, 1997) montrent que les résultats des filles aux tests d’entrée en sixième sont supérieurs à ceux des garçons, à la fois en français et en maths. Dans les questionnaires aux enseignants, il semble que ceux-ci justifient parfois la discrimination par la transcription de la réalité. Par exemple, des profs pensent que, si la femme est représentée au foyer dans les manuels d’économie, c’est parce qu’ils enseignent  « une matière où l’on doit voir l’évolution de la place de la femme, donc c’est difficile de dire qu’il y a discrimination ». L’argument  du « reflet de la réalité » est un argument  largement servi, en toute bonne foi. Il peut aussi être avancé  pour la publicité, où la réalité est abondamment transcrite, sans se préoccuper de l’image immuable qu’elle entretient ; sauf que du côté des publicitaires, on aura du mal à dénicher la « bonne foi ». En voulant relativiser le poids du stéréotype ainsi diffusé, les profs d’économie semblent ignorer que les femmes ont de tout temps travaillé, mais que leurs métiers de petites fourmis les laissaient dans l’ombre.

Les professeurs interrogés sont unanimes pour dire que certaines illustrations de métiers éliminent totalement les femmes : pompiers, maîtres-nageurs, médecins etc. Certains enseignants d’éducation civique notent toutefois une vision constructive du stéréotype dans leurs manuels, dans le but de l’analyser et de mieux en comprendre les enjeux économiques et conséquences sociales.

L’OBSERVATION DE 29 MANUELS

En 1997, le rapport Rignault, Richert signalait que les femmes apparaissaient moins souvent dans les manuels, et quand c’était le cas, c’était dans des rôles mineurs (lettres, journaux intimes etc.) Les femmes contemporaines  étaient presque absentes, au profit de la femme-allégorie, femme-mère de famille, femme-objet (mise en avant par sa « plastique »). Plus grave, la mention dans tous les manuels d’histoire de l’avènement, en 1848, du suffrage proclamé « universel » alors qu’il en écarte la moitié de la population, les femmes françaises ne votant qu’à partir de 1945. Les auteurs du présent rapport constatent que, si il y a eu une petite évolution dans les manuels de 2008, elle est pourtant loin d’être satisfaisante ni même significative. Malgré la loi du 6 juin 2000 sur « l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives », le monde politique présenté par les manuels d’histoire des lycées est un monde dominé par les figures masculines. En 2005, Amandine Berton-Schmitt, au cours d’une recherche pour l’Observatoire de la parité, notait que les 37 manuels d’histoire du secondaire qu’elle avait observés  présentaient d’innombrables figures traditionnelles étriquées susceptibles d’entraver chez les jeunes leur perception de l’égalité hommes-femmes. Dans un manuel d’anglais de chez Hatier (2002), on trouve 3 figures individuelles de militantisme (Gandhi, M. L. King, N. Mandela), 2 inventeurs, 6 astronautes/cosmonautes hommes, le premier touriste de l’espace, 1 chanteur, 1 auteur, un acteur, mais seulement une écrivaine (A. Christie) et une figure collective de militantisme (les suffragettes). 

 

QUATRE GRANDS STÉRÉOTYPES

Quatre grands stéréotypes se dégagent des manuels actuels : Les femmes « femmes de ménage » remportent la palme de la fréquence d’apparition dans les illustrations des manuels. Les femmes aux « petits métiers dévalorisés » : elles ne sont presque jamais montrées dans les positions de chef (l’infirmière est en arrière-plan du médecin, la secrétaire derrière son patron). Les femmes fragiles ou soumises : femmes moins capables de performances physiques, mais aussi victimes de mauvais traitements. Sur ce dernier point, le rapport mentionne que les violences faites aux femmes, si elles doivent être dénoncées, ne doivent pas se substituer aux modèles de femmes actives et dominantes, qui existent aussi. Les femmes gentilles idiotes ou objets du désir masculin : surtout visibles dans les livres de technologie, où les femmes sont tournées en dérision. Par contre les disciplines de Sciences Économiques et Sociales sont celles où les stéréotypes sont non seulement présentés, mais aussi décortiqués, analysés.

QUELQUES CHIFFRES

Sur l’ensemble des illustrations balayées, 1046 montrent des hommes dans un contexte professionnel, et seulement 341 des femmes dans ce même contexte.

Toujours pour la sphère professionnelle, les femmes au statut supérieur ou prestigieux représentent 1,44 % du total des images.

Dans la sphère domestique, les hommes apparaissent dans 25% des cas, les femmes seules dans 32%.

Dans un manuel de littérature française pris comme « cas d’école », sur 126 documents de la première partie, seuls 16 sont d’auteures (mais 8 ont été employées à la question de la place des femmes !). Dans ce même livre, la seconde partie propose 143 documents, dont 13 seulement issus d’auteures (qui, de plus, ont déjà été citées précédemment…). Moins de 3% des artistes d’art moderne cités sont des femmes, mais 83% des nus sont des corps de femmes.


Au total, les documents d’auteures pour cet ouvrage de français équivalent à 10% du corpus total.

RECOMMANDATIONS de la HALDE

Les éditeurs n’ont pas l’intention de bouleverser le monde quand ils élaborent leurs manuels. Ils y introduisent tous les clichés sexistes et discriminatoires de notre société, sauf si l’objectif est justement de décrire l’évolution des femmes et le rapport des genres (manuels d’éducation civique ou de SES). La HALDE recommande une attention toute particulière aux mots, vecteurs puissants des idéologies, en particulier en adoptant la féminisation systématique des noms de fonction qui peuvent l’être.

Elle demande aussi à ce que soient employés les deux genres dans les descriptions de situation, surtout s’il s’agit de métiers. Elle insiste pour que les femmes apparaissent dans « tous les chapitres », « tous les domaines », et dans « tous les contextes », comme les hommes le sont. Elle préconise de ne pas cantonner la représentation des femmes à la sphère domestique, mais de la montrer dans toutes les sphères sociales.

Elle recommande aussi de dénoncer les contre-vérités sur les capacités physiques (qui doit être évaluée comparativement à la corpulence), sur les capacités intellectuelles (citer les femmes qui ont réussi, prendre en compte la réalité des succès scolaires des filles, ne pas influencer les jeunes filles systématiquement pour les pousser aux métiers sociaux).

En conclusion, la HALDE demande une « déconstruction des stéréotypes ordinaires », une « relecture des manuels par un comité de lecture, une formation généralisée de l’ensemble des personnels à la lutte contre les discriminations et stéréotypes sexistes. »

Les éditeurs n’ont pas vraiment  apprécié. Ils ont d’ores et déjà fait savoir « qu'ils souscrivent à la poursuite de la lutte qu’ils ont engagée contre les stéréotypes dans les manuels scolaires, dans le respect de la véracité des faits rapportés, et dans les limites définies par les programmes ».  (Café Pédagogique du 7 novembre 2008)

Pour prolonger la réflexion sur le statut des femmes, allez visiter le blog d’Olympe, il est très actif et suit de près le fil de l’actualité.

Illustrations de José Tricot

Publié dans Egalité des sexes

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Nils 17/01/2009 13:13

Il semblerait qu'il y ait somme toute bien peu de femmes dérangées par cet état de fait.Ah ... les féministes ... éternelles insatisfaites et frustrées.Vous auriez voulu être des hommes peut-être ?Nils

David Rossoni 20/11/2008 17:45





Bonjour Agnès,

« Dommage alors que ce ne soit qu'un résumé, car jaurais vraiment aimé savoir la part des hommes profs de sciences par rapport à celle des  femmes. Tant que je ne le saurais, je douterais fortement, puisque ce que tu mentonnes parcellairement  est totalement en contradiction avec ce que je constate depuis longtemps. »

Moi aussi, Agnès, mais l’étude en question ne porte pas uniquement sur les maths et les sciences ! On y évoque en effet les « notes en sciences, en histoire-géographie et en anglais » => Ne me dit pas que les profs d’anglais aux USA (= profs de français en France) sont majoritairement des hommes alors que dans ce pays, globalement, la profession serait féminisé à 80% ! => Le raisonnement que tu développes à ce sujet n’est donc pas valide.

« Mon époux, Olivier,étant remplaçant, il a eu effectivement plusieurs fois l'occasion de me remplacer, quelques jous, et même une semaine. Il a toujours remarqué les mêmes enfants turbulents et les mêmes enfants attentifs que moi. J'ai déjà eu aussi des remplaçants hommes, pour ma classe, et pour d'autres classes de mon école. Eux aussi avaient les mêmes soucis avec les mêmes élèves. »

Ce n’est certainement pas en quelques jours qu’une telle situation peut changer… D’autant que c’est toute la société qui a basculé. Si je fais appel à mon tour à mon expérience personnelle, je me souviens clairement que durant mon enfance les profs hommes (du moins ceux qui avaient commencé leur carrière avant 1968) maintenaient une discipline plus stricte en règle générale que leurs collègues féminines. De ce fait, les élèves garçons, plus contraints, apprenaient également mieux, de gré ou de force si l’on peut dire. Mais j’ai aussi vu ensuite les choses changer rapidement. Aujourd’hui, je suis d’accord, il ne doit plus y avoir beaucoup de différences entre les un(e)s et les autres.

Pour un sceptique, autant le relativisme cognitif est toujours à combattre, autant il faut faire appel ici à un certain relativisme culturel pour comprendre ce qu’il s’est passé. Globalement, toutes les valeurs culturellement associées à la masculinité, autrefois glorifiées, sont aujourd’hui dévalorisées et inversement pour les valeurs associées, à tort ou à raison, à la féminité. Ton discours, certainement à ton corps défendant, illustre un peu ce renversement : tu vois les garçons comme « explosifs et perturbateurs » et les filles « plus raisonnables, plus concentrées ». Ce que tu décris en termes négatifs (« explosifs et perturbateurs ») aurait été il y a un siècle présenté positivement par la société comme une preuve de supériorité des garçons sur les filles (je n’adhère pas à ceci, je me borne à constater le changement) : on aurait parlé d’une plus grande « vigueur », d’une plus grande « force », d’une « énergie » supérieure du sexe « fort », et, inversement, on aurait dévalorisé la « mollesse », la « faiblesse constitutive », etc. de l’autre sexe. Tout se passe comme si, en l’espace de quelques décennies, des clichés et poncifs féministes étaient venus se substituer aux clichés et poncifs machistes traditionnels.

Aparté : Dans la société française actuelle (et dans toutes les sociétés de type occidental), si tu cherches sans œillères, tu trouveras plus facilement des stéréotypes féministes (dans les publicités, dans les œuvres de fiction, dans le discours des intellectuels médiatiques, dans les travaux en sciences humaines… sauf apparemment encore dans les manuels scolaires, mais on fait confiance aux féministes de l’Education nationale pour faire enfin cesser cet horrible scandale ;)) que l’inverse… Typiquement, tu as ceci (si tu décryptes bien) : 1) les hommes et les femmes sont égaux ; 2) les femmes sont cependant « plus quelque chose » : elles sont, au choix, « plus loyales et plus fiables » (Anita Fetz, historienne et conseillère en organisation), « plus réceptives à la protection de la planète » (Isabelle Lardeux-Gilloux), « plus efficaces que les hommes dans le monde IT » (GARTNER), plus réalistes en politique… La liste est quasi infinie (je viens de m’amuser à taper dans Google : « les femmes sont plus… » = quasiment 200 000 pages, tandis que « les hommes sont plus » = 92 000 pages seulement ;). Bref, elles seraient plus égales que les autres, « plus mieux » ;)

« Où vois-tu un retournement de l'inégalité ? »
 
Dans les chiffres bruts : il y a un siècle, il y avait plus de bacheliers que de bachelières alors qu’aujourd’hui c’est l’inverse. C’est seulement en ce sens (purement quantitatif) que l’on peut parler d’un « retournement de l'inégalité » (la proportion de filles scolarisées devant alors certainement être inférieures à cette époque à celle des garçons).

Agnès 16/11/2008 17:44

Les phrases sont de l'AP, mais je pensais que tu y souscrivais, au vu de ton contexte ! Dommage alors que ce ne soit qu'un résumé, car jaurais vraiment aimé savoir la part des hommes profs de sciences par rapport à celle des  femmes. Tant que je ne le saurais, je douterais fortement, puisque ce que tu mentonnes parcellairement  est totalement en contradiction avec ce que je constate depuis longtemps.Mon époux, Olivier,étant remplaçant, il a eu effectivement plusieurs fois l'occasion de me remplacer, quelques jous, et même une semaine. Il a toujours remarqué les mêmes enfants turbulents et les mêmes enfants attentifs que moi. J'ai déjà eu aussi des remplaçants hommes, pour ma classe, et pour d'autres classes de mon école. Eux aussi avaient les mêmes soucis avec les mêmes élèves. Mieux : les livrets scolaires que je transmets, dans lesquels sont mentionnés les résultats d'évaluations -ainsi qu'un commentaire -  n'ont jamais rencontré la perplexité ou l'incompréhension  de l'instit "homme" qui assure le CP dans ma commune, juste après la maternelle. Alors bien sûr, je ne nie pas que la présence d'un genre plutôt qu'un autre n'influence en rien les enfants. Ce qui m'a frappée quand Olivier m'a remplacée, c'est que plusieurs fillettes de ma classe  avaient tenté des manoeuvres de séduction. A mon retour, elles l'ont réclamé, ce qu'aucun garçon n'a fait. La différence est là. Les garçons agités sont restés agités avec Olivier, les filles calmes sont restées calmes (mais séductrices). Autre exemple : actuellement, Olivier remplace dans ma commune, en CE1. Il a des élèves que j'ai eu en classe (presque tous en fait). Dans nos discussions, nous n'avons relevé aucune contradiction flagrante dans nos constats respectifs. Sauf parfois un renforcement d'une lacune qui s'est agravée, ou bien une qualité appréciée en maternelle devenue pesante en élémentaire (le langage, qu'on appelle "bavardage" dans les classes élémentaires et qui est réprimé)Et puis, dernier exemple, je suis déchargée de ma classe une journée par semaine pour m'occuper de la direction. Une jeune professeure des écoles me remplace. Un de mes enfants très turbulents, alors qu'il s'est totalement apaisé avec moi depuis septembre, continue de lui en faire voir de toutes les couleurs. C'est pourtant une femme ! Nous avons réfléchi aux causes éventuelles. La seule possible est que, étant dispersé, il a besoin de stabilité et que la présence, une journée seulement sur 4, d'une autre personne, ne lui permet pas de trouver cette stabilité. Deux ou trois autres garçons de ma classe, eux aussi plus enclins au défoulement moteur qu'à la concentration, ont un comportement semblable avec moi et avec elle.Où vois-tu un retournement de l'inégalité ? la situation actuelle montre une réussite scolaire des filles meilleure que celle des garçons. Si vraiment il y a retournement, c'est que auparavant elles réussissaient moins bien. Où sont les études montrant cela ? Il n'y en a aucune, parce que les évaluations nationales systématiques des élèves en France sont très récentes (environ 10 ans pour les 6 ème, 10 ans pour les niveaux CE2, et 5 ans pour le niveau GS de maternelle). Seules ont eu lieu des études internationales sur les compétences en lecture en 1970 et 1990. Puis les études PISA ont commencé en 2000, sur toutes les diciplines (et là les statistiques sont précises). Notre perception de cette réussite des filles est vieille, mais sa confirmation par les évaluations est récente. Il y a 35 ans, quand j'ai débuté, les profs constataient déjà que les filles étaient calmes et en réussite et les garçons dispersés. On disait alors que les filles, étant moins intelligentes, compensaient par la force de travail, et que les garçons, plus intelligents, comptaient sur leur avance, se reposaient sur leurs lauriers. Je me battais déjà contre cette idée tordue en 1975 ! pff...

David Rossoni 16/11/2008 14:55

Bonjour Agnès, Tu vas me répondre que non mais je sens que ma question t’a apparemment un peu énervée (ce qui n’était bien entendu pas du tout mon objectif, je veux juste discuter amicalement avec toi) : pour preuve, tu m’attribues des phrases qui sont en fait clairement des citations d’une dépêche de l’AP, bien mises entre guillemets… ;) « Je constate que l'étude se base sur le genre des profs et celui des élèves. Tous les jeunes étant scolarisés, on a une proportion égale de garçons et de filles. Mais le biais est facile à voir : il y a "80% des enseignants des écoles publiques américaines sont des femmes" , OK mais c'est global, mais le pourcentage n'est pas valable pour la part des profs de sciences et de maths ! Cela m'étonnerait qu'en 1988, la part ait été égale des profs féminins et masculins en sciences et maths ! L'étude n'en fait pas mention ? Comme c'est drôle ! » => Comment le sais-tu, Agnès ? As-tu lu l’étude elle-même ? Nous n’en avons ici qu’un court résumé par l’Associated Press… Par ailleurs, tu mets l’accent sur les sciences et les maths parce que cet exemple t’arrange dans ton argumentation mais la situation est sans aucun doute inverse pour les autres disciplines, également abordées par l’auteur… « Si un élève, garçon ou fille, jette des boulettes de papier, écoute son baladeur au fond de la classe, ou accomplit n'importe quelle bêtise qui le détourne du cours, tu appelles cela une PERCEPTION ? Pour moi, l'affaire est entendue : c'est un FAIT que tu décris. Et je ne vois pas pourquoi les profs femmes ne parviendraient pas à décrire des faits de subversion ou de simple agitation dans leurs classes !! […] l'étude est donc bien biaisée puisqu'elle confond "ressenti" et "faits". Promis, juré, : Dans ma classe, demain, j'essaierai de prendre pour une perception les bêtises ou agressions qu'ils me feront vivre, et sans doute ne verrai-je plus mes garçons aussi explosifs et perturbateurs. » => Penses-tu que si, par exemple, ton époux avait ta classe en charge, les garçons se comporteraient exactement de la même manière qu’ils le font apparemment avec toi ? Voilà peut-être (et même probablement) un des facteurs qui pourraient expliquer qu’à intelligence égale les garçons réussissent de nos jours en moyenne moins bien à l’école que leurs camarades filles : moins bien « tenus » et « recadrés » par un corps enseignant très majoritairement féminisé, une bonne partie d’entre eux n’adopterait pas dès les petites classes une attitude propice à l’étude… d’où des redoublements plus fréquents à cet âge là.Pour résumer :Situation de départ : « Au départ, je les vois pourtant tous [garçons et filles] intelligents et intelligentes » (dixit Agnès) (de fait, aucune étude scientifique à ma connaissance n’a conclu que les filles étaient globalement plus intelligentes que les garçons)Situation d’arrivée : « [Les filles] « l’emportent sur les garçons aux quatre étages de l’édifice scolaire », expliquent Christian Baudelot et Roger Establet, dans "Allez les filles !". En primaire (6 à 11 ans), elles redoublent moins ; au collège (11 à 14 ans), elles se font moins orienter vers les sections courtes ; au lycée (15 à 18 ans), elles ont de meilleurs résultats au bac (elles représentent 57 % des bacheliers) ; et à l’université, leur taux d’accès reste plus élevé. » Conclusion : un retournement général de l’inégalité entre filles et garçons dans l’éducation s’est manifestement produit. Si ses causes et conséquences peuvent (et doivent) être discutées, le fait en lui-même ne peut l’être. Si l’on raisonne donc uniquement en terme d’égalité des sexes (titre donné par Agnès à sa rubrique), le premier problème qui se pose dans le domaine, ici et maintenant (la France de 2008), pourrait être formulé ainsi : quelles mesures doit-on prendre pour que les garçons aient statistiquement autant de chance de réussir leurs études que les filles ? Or, si je n’étais pas intervenu, il est fort probable que personne n’aurait relevé que, dans la hiérarchie des problèmes, en toute logique (si l’égalité des sexes est bien le but véritable), celui-ci devrait passer avant celui évoqué par Agnès dans son billet… Tu me demandais précédemment, Agnès, que pouvait bien être cette idéologie féministe ambiante : eh bien, tu en as peut-être une illustration sous les yeux ;)Amicalement,David

Agnès 16/11/2008 07:45

Bonjour David Je constate que l'étude se base sur le genre des profs et celui des élèves. Tous les jeunes étant scolarisés, on a une proportion égale de garçons et de filles. Mais le biais est facile à voir :  il y a "80% des enseignants des écoles publiques américaines sont des femmes" , OK mais c'est global, mais le pourcentage n'est pas valable pour la part des profs de sciences et de maths ! Cela m'étonnerait qu'en 1988, la part ait été égale des profs féminins et masculins en sciences et maths ! L'étude n'en fait pas mention ? Comme c'est drôle  ! Pourtant, pour pouvoir étudier les notes qu'ils donnent, ainsi que leur attitude, il faudrait qu'il y en ait à part égale, comme chez les élèves, ou du moins à part raisonnablement différente (non significative). Mais dans les faits, qu'en est-il ? Les profs de maths et de sciences sont encore masculins, même si l'écart se comble progressivement. Alors ? Comment mener l'étude objectivement dans ces conditions ? Les notes que vont attribuer les femmes profs de sciences sont moins nombreuses, forcément. 
 
 
Par ailleurs, tu dis "les garçons sont plus souvent perçus comme dissipés, tandis que les filles sont moins souvent considérées comme inattentives ou désordonnées. ". Si un élève, garçon ou fille, jette des boulettes de papier, écoute son baladeur au fond de la classe,  ou accomplit n'importe quelle bêtise qui le détourne du cours, tu appelles cela une PERCEPTION ? Pour moi, l'affaire est entendue : c'est un FAIT que tu décris. Et je ne vois pas pourquoi les profs femmes ne parviendraient pas à décrire des faits de subversion ou de simple agitation dans leurs classes !!
"tandis que les filles sont moins souvent considérées comme inattentives ou désordonnées. " Là aussi, le corollaire ne tient pas à la perception, mais au fait : un ou une élève qui ne bouge pas, prend des notes et répond aux questions du prof, ce n'est pas une perception, tout de même !
 
l'étude est donc bien biaisée puisqu'elle confond "ressenti" et "faits".
 
Promis, juré, : Dans ma classe, demain, j'essaierai de prendre pour une perception les bêtises ou agressions qu'ils me feront vivre, et sans doute ne verrai-je plus mes garçons aussi explosifs et perturbateurs. Je vais relatiiviser, c'est bien le but de cette étude. Méthode Coué en somme. Viens faire un tour dans ma classe, on verra si tu as toi aussi des perceptions ....
 
Amitiés
agnès