Éteindre TV et ordinateurs, est-ce de l’éducation aux médias ?

Publié le par Agnès Lenoire

L’éditorial de l’Expresso du mercredi 21 mai 2008  sur le site du Café pédagogique est particulièrement pertinent et pose la question de notre regard d’adultes sur le monde des technologies, si appréciées des jeunes. Une expérience est menée actuellement à Strasbourg, dans une école de 250 élèves : les élèves ne doivent toucher à aucun outil numérique ni télévisuel pendant 10 jours. Pas de TV, pas d’ordinateur, pas de jeux vidéos.

La TV rend obèse, le jeu vidéo rend violent, l’ordinateur rend cyberdépendant, la liste des poncifs est longue. Accusée de tous les maux, la technologie est condamnée d'avance, sous couvert d’expérience montrant que  les enfants ne trouveront pas d’autre occupation intéressante. Je parie que l’on s'étonnera qu’ils ne sachent pas remplacer leur passion par une autre, plus traditionnelle. L’expérience se veut sociologique, mais quelle conclusion intelligente pourrait en être tirée ? Que nos enfants ne savent plus que faire sans leurs outils numériques ? Que la cyberdépendance est un fléau ? L’ombre de cette fatalité pointe son nez. En mettant en place cette étude, ses initiateurs prennent le risque de dégager deux types d’utilisateurs :

1-    Les cyberdépendants qui vont ressentir une vraie dépendance, donc une souffrance intense par le manque.

2-    Les habitué(e)s des technologies qui les utilisent intensément parce qu’elles sont utiles, efficaces, faciles, pour qui le manque va se faire sentir, ce qui va probablement les déstabiliser sans pour autant les plonger dans la souffrance.

Dans les deux cas, les jeunes vont probablement manifester leur déplaisir. Comment le résultat de l’étude fera-t-il la différence entre le cyberdépendant, victime d’une pathologie, et  l’usager fidèle et agile, sachant exploiter le système pour tous ses besoins et pour son plaisir ? Le dépouillement et l’analyse des témoignages devront être très fins…

Sera posé alors le problème de différencier la dépendance de la passion, la pathologie de la normalité. Frontière floue et débat sans fin…

Par ailleurs, une telle expérience sous-entend que la solution à la cyberdépendance serait de stopper l’usage du numérique. Si les jeunes ont adopté de façon massive et enthousiaste toutes ces technologies, c’est qu’elles leur apportent pourtant quelque chose. Bien sûr elles ne sont pas anodines et elles nécessitent… de l’éducation ! La radicalité n’a jamais été l’alliée de l’éducation, mais plutôt son antithèse. Plutôt que mobiliser les institutions (la chambre de consommation d'Alsace, regroupant une cinquantaine d'associations de consommateurs, en collaboration avec un institut de formation strasbourgeois, Eco-Conseil, le tout avec l'aval de l'inspection académique) sur une expérience qui ressemble à un  anathème, il aurait mieux valu mobiliser des moyens sur des  projets éducatifs en faveur des  Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Education (TICE). Lire pour cela les articles du Café pédagogique  Monsieur Darcos vient d'annoncer qu'il s'y attelait.

Publié dans Éducation

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