L’impossible démonstration de Spallanzani

Publié le par Agnès Lenoire

Au XVIIIe siècle, en biologie, la théorie de la génération spontanée avait le vent en poupe. Elle stipulait que les êtres vivants microscopiques découverts grâce aux instruments de Leeuwenhoek pouvaient naître spontanément de la matière, pourvu que les circonstances y fussent favorables. L’idée était d’autant mieux acceptée que le concept d’ « élan vital » était bien présent à cette époque.   Le comte de Buffon défendait la génération spontanée parce qu’elle ne lui semblait pas incompatible avec les « animalcules » qui grouillaient sous la lentille des premiers microscopes. Pour Buffon, la mort ne détruisait pas complètement les êtres. Ils étaient « décomposés », c’est-à-dire dispersés ; rien n’empêchait alors que dans un contexte approprié, ces êtres puissent se recomposer en un animal rudimentaire.

 

Needham, un religieux irlandais,  mit au point en 1750 une expérience qui abondait dans le sens de Buffon. Du jus de mouton fut enfermé dans un flacon et placé dans de la cendre chaude le temps  de cuire un œuf. A son ouverture, un grouillement d’animalcules fut constaté, à la grande satisfaction des  partisans de la génération spontanée. Mais des voix s’élevaient contre cette théorie, et parmi elles celle de Spallanzani, religieux aussi, qui proposa de refaire l’expérience en 1765, en prenant garde de suivre un protocole plus rigoureux : faire bouillir différents flacons pendant trois-quarts d’heure  en les bouchant hermétiquement. D’autres flacons furent mis en expérimentation dans un second lot  dans les conditions de Needham. A leur ouverture, on ne trouva bien sûr aucun « animalcule » dans les flacons stérilisés et bien bouchés, mais on en trouva en pagaille dans ceux non suffisamment chauffés et mal fermés. Le résultat était probant, mais il ne démontrait que l’inexistence des animalcules dans un lieu très chauffé. Cette expérience ne parviendra pas, par incomplétude,   à abattre la théorie de la génération spontanée. Que l’air soit rempli de ces petites bêtes était surréaliste à l’époque, même aux yeux des savants. L’expérience de Spallanzani ne sera pourtant pas vaine puisqu’elle sera à l’origine de l’appertisation. Elle a en effet donné l’idée à Nicolas Appert de créer le procédé de mise en conserves.

Pasteur reprendra l’expérience de Spallanzani en 1864 en la perfectionnant, et en affinant son protocole : afin de prouver la contamination,  il met au point une expérience fondée sur la preuve par l’existence - et non par l’absence comme chez Spallanzani, et invente alors les becs à col de cygne qui laissent tout juste passer l’air. Le second lot est constitué de flacons à cols ordinaires, ouverts. Le chauffage des flacons sera le même dans les deux lots. Le premier lot de flacons à cols de cygne, non contaminé par les particules aériennes, reste clair très longtemps. Le second lot, lui, contient très vite des animalcules et se trouble. La démonstration fut une démonstration positive, fondée sur l’existence d’une contamination.

On peut y voir une belle expérience de zététique. On connaît le succès des conséquences de cette expérience dans le domaine de la  prophylaxie.

Infos historiques  tirées du livre : Jean Deutsch – Le ver qui prenait l’escargot comme taxi – Seuil.
Interprétation zététique sous la responsabilité de l'auteure du blog ;-)
Illustration : Lazarro Spallanzani sur le site Medarus

Publié dans Zététique

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