Démontrer l’inexistence, une absurdité

Publié le par Agnès Lenoire

 

Un principe zététique (pratique du doute et de la méthodologie scientifique dans l’analyse de phénomènes paranormaux) énonce qu’on ne peut démontrer l’inexistence d’un phénomène extraordinaire. On peut énumérer des indices forts de non plausibilité, mais guère plus. Il en découle naturellement qu’il revient à ceux qui affirment des choses hors du commun de prouver qu’elles existent bien. Par  exemple : il ne revient pas à un sceptique de démontrer que les extraterrestres ne sont pas parmi nous, une absence ne se prouvant pas, mais il revient par contre aux défenseurs de la réalité de ce phénomène de prouver ce qu’ils avancent.  Ce principe zététique fait partie de la démarche scientifique, et elle est utilisée par bon nombre d’entre eux pour valider leurs découvertes, même si les savants ne pensent pas à le formaliser. La zététique est en cela un outil précieux, puisqu’elle permet de prendre conscience d’une démarche la plupart du temps inconsciente (« inconsciente » est ici pris dans le sens des cognitivistes, c’est-à-dire devenue un « automatisme »)  de l’esprit humain. Sauf que, devenu automatique, ce système de pensée tombe aux oubliettes. Il faut une confrontation avec l’irrationnel pour soudain se souvenir que les outils intellectuels sont bien à notre portée, et qu’il faut les utiliser et les promouvoir si on veut s’assurer un accès au réel.  Le même phénomène se produit en éducation. Quand tout fonctionne bien chez l’enfant, on perçoit mal comment il apprend, quels sont ses outils et son cheminement. Tout devient « automatique ». Ce n’est que quand un enfant est en difficulté et qu’on l’aide à décrypter les obstacles qu’il doit surmonter qu’apparaissent clairement la démarche opérée par son cerveau et les différentes étapes nécessaires. L’aide à l’enfant en difficulté aide à comprendre aussi l’enfant en réussite…

La zététique est donc aussi un dispositif qui aide à décrypter les difficultés  qu’éprouvent les croyants à cerner le réel. Elle aide à comprendre la personne en délicatesse avec le rationnel, et en même temps à comprendre le parcours, les jalons, les limites de tout un chacun.
Dans un prochain billet, je vous présenterai un exemple de zététique  appliquée à la démonstration de l’existence de la contamination en biologie par Pasteur en 1864, alors que la démonstration de l’inexistence de la génération spontanée avait échoué au XVIIIe siècle.

  Dessin de José Tricot.

Publié dans Zététique

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Alexandre 29/05/2008 21:25

Bonjour à vous. Je découvre la zététique qui me semble une démarche noble. Je ne suis, pour ma part, pas du tout intéressé par les phénomènes paranormaux et je pense qu'il est pertinent d'empêcher des dérives vers ces modes de penser. Cependant, je me demandais dans quelles mesures la démarche zététique accordait une limite à la possibilité de ne pas connaître le réel ? Dans quelles mesures la zététique accepte les limites du langage ? Sans pour autant, cela va de soi, verser dans le paranormal...Cordialement

Artémis 12/04/2008 21:25

La bienvenue, à votre blog, dans la communauté Parlons franchement.

Beurk 09/04/2008 22:19

Je suis bien d'accord que c'est à ceux qui défendent l'existence de phénomènes "paranormaux" que revient la "charge de la preuve". Ceci dit, la "démonstration" appartient au domaine des mathématiques, et les théories scientifiques sont toujours susceptibles d'être remises en cause par des expériences nouvelles. Elles ne sont, ainsi, pas "démontrées" au sens mathématique, elles sont simplement validées lorsque les faits correspondent à leurs prévisions. Par ailleurs, les partisans des phénomènes "paranormaux" et autres bizarreries, considèrent qu'il existe des données allant dans leurs sens. Pour reprendre l'exemple que vous citez, pour affirmer la présence d'extraterrestres dans le voisinage, ils avanceront les observations alléguées d'OVNIs. Il est clair que, pour un esprit rigoureux, les témoignages en question sont des éléments bien faibles(récits de troisième ou quatrième main, possibilité de méprise, d'hallucination ou d'affabulation, caractère non reproductible des différents cas, etc..) Il me semble que la différence entre "paraphiles" et zététiciens porte plus sur la nature de ce que l'on peut considérer comme une preuve acceptable(le mot preuve n'étant pas ici pris au sens mathématique) que sur la nécessité de prouver