Date de Pâques, années bissextiles, débuts de millénaires : la course d’obstacles du calendrier.

Publié le par Agnès Lenoire

An-0-copie-1.JPGEn 525 après J.-C., le moine Dyonisus Exiguus est chargé par le pape Jean Ier  de préparer une chronologie afin de fixer la date de Pâques, toujours rebelle au calendrier, à cause de la dérive de l’équinoxe de printemps. Cette date était en effet impossible à déterminer de manière fiable, car les calendriers concernés étaient, et sont toujours, à la fois lunaires et solaires. Pâques se situe le premier dimanche après la première pleine Lune (référence au cycle lunaire) qui suit l’équinoxe de printemps (référence au cycle solaire). L’équinoxe a lieu le 21 mars, ce moment précis où le Soleil franchit un des deux  points d’intersection entre le plan d’orbite terrestre et l’équateur céleste. Ce point d’intersection s’appelle « point vernal ». En raison d’un léger mouvement de toupie de l’axe terrestre, le point vernal dérive, et le décalage par rapport au 21 mars s’accentue de siècle en siècle (10 jours en 15 siècles !)
Ne parvenant pas à résoudre ce problème, Dionysius se contenta de remettre à jour les tables de calcul de la date de Pâques, sans trouver de système mettant le 21 mars en adéquation stable avec la réalité céleste. Pour cela il faudra attendre 1578, le pape Grégoire XIII et son mathématicien Clausius, lequel fixera un calendrier crédible et durable, comportant 365,2422 jours alors que le précédent, le calendrier julien, arrondissait à 365,25 jours. Une année bissextile, c’est-à-dire de 366 jours, fut supprimée une fois par siècle mais une autre est rétablie à tous les tournants des siècles divisibles par 400. Le calendrier grégorien était né : grâce à lui, la dérive des équinoxes fut réduite à 25,96 secondes, ne formant ainsi qu’un jour en excès tous les 2800 ans.
Dionysius fut donc incapable de stabiliser le calendrier mais il fut à l’origine du choix du point de départ du calendrier. Il fut partagé : à partir de quand compter ? Il avait le choix entre la date, païenne, de la fondation de Rome, ou celle, qui séduit notre zélé moine par son caractère sacré, de la venue au monde du « Sauveur ». Dionysius opta finalement pour la seconde solution, c’est-à-dire comptabiliser le temps à partir de la date de naissance de Jésus-Christ, qu’il obtient à partir des Évangiles. Ce sera le 25 décembre de l’an 753 après la fondation de Rome : il donne ainsi le 1er janvier 754 comme début de l’an 1 de l’ère chrétienne, mais n’introduit pas d’an 0, puisque le zéro n’existe même pas à l’état de concept en Occident – il est attesté comme forme opératoire chez les Babyloniens de l’époque séleucide (environ 312 av. J.-C.), puis comme concept de nullité chez les indiens du VIIe siècle, mais il ne fut introduit en Europe, par l’intermédiaire des Arabes, qu’au XIIe siècle.Sablier-copie-1.JPG
Clin d’œil de l’histoire, c’est le pape du premier millénaire, Sylvestre II, pontife de 999 à 1003, grand érudit et vulgarisateur des sciences de son époque, qui fut le promoteur de l’usage du zéro et de la numérotation arabe. Mais il lui fut impossible de corriger la lacune de Sionysius, tant la confusion était bien installée ! Le problème de la date du commencement des siècles résulte donc de la décision malheureuse, mais inéluctable, que prit Dyonisius de débuter la numérotation à 1 plutôt qu’à 0, et de rien d’autre. Dans la logique dyonisienne, notre entrée dans le troisième millénaire n’aurait eu lieu que le 31 décembre 2000 à minuit – c’est la base du calendrier grégorien.
Quand a donc commencé le XXIe siècle ? L’astronomie ne se pose plus la question : Jacques Cassini, en 1740, a introduit une notation algébrique. L’an 1 avant J.-C., c’est l’an 0, l’an 2 avant J.-C., c’est l’an -1. Seul le signe « moins » caractérise une année antérieure à  l’an 0. Ainsi le calcul du nombre d’années séparant une année négative d’une année positive ne pose plus de problème : il suffit d’effectuer l'addition des deux termes.

Mais pour le grand public, la question perdure, comme en témoignent les nombreux débats qui ont eu lieu en 1999. Le calendrier n’est pas qu’un découpage technique, il scande aussi notre temps de vie, vécu parfois comme un temps de survie, chaque étape étant une victoire de la pérennité sur la fatalité.  Cette année 2008 sera bissextile : ce n’est pas une étape importante du calendrier, et cela ne devrait susciter aucune angoisse particulière…. sauf que nous allons travailler un jour de plus !
 

    Bibliographie : 

- Abner Shimony, Le trou dans le calendrier, Collection Roman et plus, éditions Le Pommier.
- J.-C. Carrière, Jean Delumeau, Umberto Eco, Stephen Jay Gould, Entretien sur la fin des temps, éditions Fayard.
- Stephen Jay Gould, Millénium, histoire naturelle et artificielle de l’an 2000, éditions du Seuil 
- G. Ifrah, Histoire universelle des chiffres, éditions Seghers.
 

 

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