Sarkozy : espérance divine et désespérance sociale

Publié le par Agnès Lenoire

le-si--cle-sera-religieux.JPGOn l’avait senti venir, Nico Sarko le dévot ! Le voir  en visite au Vatican, "tapoter l'épaule du Pape" et concrétiser  une fonction de « chanoine » que ses prédécesseurs avaient cru bon de laisser dans la poussière, quoi d'étonnant ? A petits pas, il avance vers la réhabilitation de la religion dans une nation trop mécréante à son goût. D’abord par sa remise en cause de la loi de 1905, annoncée dès 2005,  qu’il veut dépoussiérer, en particulier pour que  les constructions de mosquées soient financées par les communes (article du Monde du 21 octobre 2005). Mais pas seulement. Car une autre action en faveur de la religion vient de passer assez discrètement : selon l'article 89 de la loi de décentralisation d'août 2004, les communes doivent participer financièrement à la scolarité de leurs  élèves du privé, même si elles disposent d'une école publique pouvant les accueillir. Le Comité national d'action laïque a eu beau déposer un recours devant le Conseil d'Etat contre la circulaire d'application du 27 août 2007, l’association des maires ruraux a eu beau protester, rien n’y fit : l’article a été maintenu en l’état lors de la séance du 27 novembre 2007. Autre accroc à la laïcité : l’entrée au ministère de madame Boutin, au début de l’été 2007, de Jean-Marie Petitclerc, prêtre catholique polytechnicien et éducateur. La laïcité est donc malmenée, sans tapage, avec quelques actions discrètes, ou au contraire à l’aide d’opérations de communication et d’imprégnation, comme ce voyage au Vatican, occasion d’un discours prônant le retour à la moralité chrétienne et au dogme de « l’espérance ». Espérance !, le mot n’est pas nouveau chez lui. Il fut déjà le fil conducteur de son livre La République, les religions, l’espérance. Il est vrai qu’il remplace avantageusement celui d’espoir, trop social, trop soumis à l’évaluation. L’espérance, ça ne mange pas de pain, c’est si vague et c’est si beau !
Ce type de discours réitéré, accompagné de nominations d’ecclésiastiques aux postes de dirigeants et de faveurs accordées à l’Eglise,  nous emmène droit vers la mort de notre laïcité. Le changement, s’il n’a pas encore choqué l’opinion publique française, est pourtant réel et reconnu. C’est le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat du Vatican, qui le réaffirme en saluant le « changement d’orientation » de la France. (source : Charlie Hebdo du mercredi 26 déc. 2007, page 14). Ne l’oublions pourtant pas, l’espérance  c’est ce qui reste quand il n’y a plus ni dynamisme intellectuel ni bien-être social. Il nous revient de refuser cette espérance désespérante. 
À lire absolument  : « Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas », extrait de l’introduction du Sarkozy sans peine de Richard Monvoisin (PDF 740 MB).
Dessin de José Tricot

Publié dans Religions

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totem 04/01/2008 15:13

Vous faites bien de traiter le sujet, le travail de sape insidieuse de la laïcité par ce gouvernement est résolument discret et peu médiatisé. Un retour de la religion comme directrice des consciences ne peut qu'ouvrir la porte à tous les obscurantismes .
"Plus bas est le niveau de conscience d'un peuple, plus grande est l'exaltation qui le meut" Vladimir Bartol