Thérapie génique : espoir ou illusion ?

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Jordan-g--nique-copie-1.jpgBertrand Jordan

Thérapie génique : espoir ou  illusion ?

2007, éditions Odile Jacob

Cet ouvrage a  été récompensé par le Prix Jean Rostand 2007

Note de lecture déjà parue sur le site de l’AFIS et dans le n° 275 de sa revue Science et pseudo-sciences

« Soigner les gènes, ou plutôt soigner par les gènes…L’idée se fit jour dès que l’on entrevit la possibilité d’accéder à notre patrimoine génétique et d’en modifier les éléments. » Extrait du chapitre « Des rêves aux premières tentatives ».

Il s’agit d’un ouvrage tout à la fois historique, technique et philosophique. Toute jeune discipline (la première tentative de thérapie génique a eu lieu il y a 37 ans) ayant suscité un engouement considérable, la thérapie génique, aux résultats modestes, est victime de difficultés techniques importantes et d’une trop grande rapidité d’action. Pour autant, elle continue de susciter dans le grand public un espoir considérable. Bertrand Jordan nous entraîne dans les labos, où des scientifiques « les mains dans le cambouis » se passionnent, approchent du but, échouent et recommencent. Pas à pas,  le lecteur suit les expériences, les succès, les échecs, les contraintes. Quelques portraits de chercheurs nous sont brossés, comme celui de Peng Zhaohui, chercheur chinois à l’origine du premier anti-cancéreux de type génique commercialisé dans cette nation à partir de 2004. Une première mondiale… et la seule à l’heure actuelle.

Selon Bertrand Jordan, l’enthousiasme pour la thérapie génique a trouvé son paroxysme dans les années 1990, avec une vision ultra réductionniste de la biologie que renforça le début des programmes génome, si prometteurs ! Or  la complexité des régulations entre les éléments qui composent un organisme était largement sous-estimée. Même en possession du génome humain, il faut donc se résigner à un long chemin de recherches sur sa complexité.

Si l’enthousiasme débridé des années 1990 était excessif, il est tout aussi déraisonnable d’abandonner un programme de recherche en thérapie génique en direction des hémophiles comme l’a fait l’entreprise Avigen en 2005, étranglée par des pertes financières considérables, alors que les résultats pouvaient aboutir, sur le long terme, à une amélioration significative du traitement des hémophiles.

« L’industrie de la thérapie génique est aujourd’hui mal en point »

La recherche  en thérapie génique est pourtant forte d’acteurs compétents, mais à présent délaissée par les soutiens industriels. Elle devra se poursuivre avec plus de sérénité, détachée d’illusions commerciales trop mirobolantes. Bertrand Jordan conseille de mener une réflexion sur le chemin parcouru, sur la capacité de la société à séparer les effets d’annonce et les travaux sérieux et sur les réelles possibilités d’avenir.

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