Égalité des sexes et ploutocratie

Publié le par Agnès Lenoire

Extraits-des-moralistes.JPGJe livre à votre réflexion ma découverte de cette pensée d’Amiel (1821-1881), moraliste ayant enseigné à Genève. L’extrait qui suit est tiré de R. Thamin, Extraits des moralistes (XVIIe , XVIIIe , XIXe  siècles), éditions Hachette et Cie , 1904 – chapitre des questions de morale pratique.
« Il y a donc une morale féminine et une morale masculine, comme chapitres préparatoires à la morale humaine ; au-dessous de la vertu évangélique et sans sexe, il y a une vertu sexuée […] Telle est du moins notre idée européenne de l’harmonie des sexes dans la hiérarchie des fonctions. L’Amérique est en train de révolutionner cet idéal par l’introduction du principe démocratique de l’égalité des individus dans l’égalité des fonctions. Seulement, quand il n’y aura plus que des individualités bien égales, ni jeunes, ni vieux, ni hommes ni femmes, ni obligés ni serviteurs, la différence sociale se fera par l’écu. Toute la hiérarchie reposera sur le dollar, et la plus brutale, la plus hideuse, la plus inhumaine des inégalités sera le fruit de l’égalitarisme effréné. Joli résultat ! La ploutolâtrie, le culte de la richesse, la frénésie de l’or se chargera de châtier un principe inexact et ses adorateurs. Et la ploutocratie sera à son tour exécutée par l’égalité. Il serait assez curieux que l’individualisme anglo-saxon vînt s’engloutir dans le socialisme latin. » Amiel, Fragments d’un journal intime.
Amiel craint fort que la demande des femmes américaines du XIXe  ne soit contagieuse et ne mette à mal l’ordre social établi latin. Il me semble que cette crainte lui fait attribuer un enchaînement de maux sociaux. À supposer que le libéralisme économique que nous vivons s’apparente à une ploutocratie, peut-on en voir les causes dans la quête de l’égalité entre les hommes et les femmes ? Pourtant, on voit bien qu’au XXI e siècle la « ploutocratie » fait déjà son nid, alors même que l’égalité entre hommes et femmes, bien qu’en progression, n’est toujours pas acquise, et que les autres inégalités s’accentuent.

Monsieur Amiel, n’auriez-vous pas placé les effets à la place des causes ? Car c’est bien la ploutocratie qui creuse les inégalités sociales et freine la quête d’égalité des femmes.

Publié dans Egalité des sexes

Commenter cet article

Fulmin 24/10/2007 19:11

Je suis plutôt d'accord avec Amiel : le féminisme, soit la lutte communautaire des femmes pour leurs droits a totalement évincé la lutte des classes (on voit pourtant mal ce qui unit une bourgeoise et une ouvrière) et permis ainsi le développement de la ploutocratie. Perversité du capitalisme : remplacer les catégories sociales pertinentes par de pseudo-catégories (les femmes, les gays, les jeunes et j'en passe) qui agréent au marché, ou du diviser pour mieux régner, en s'en mettant plein les poches au passage.