Danser avec l'évolution

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Danser-avec-l---volution-copie-1.JPGPascal Picq et Michel Hallet Eghayan

Danser avec l’évolution

110 pages, 2007,  éditions Le Pommier et Scérén (CRDP académie de Grenoble)

 

« Les origines de la lignée humaine se dispersent parmi des bipédies aux allures instables, souvent maladroites, fatigantes. Les débuts sont toujours indécis, bien que marcher debout soit une coquetterie arboricole. » Extrait, page 57.

 

Discourir afin d’expliquer l’évolution  n’est pas chose aisée, le problème des scientifiques étant de se mettre à la portée du grand public, de le séduire, de capter son attention. Mais la théorie de l’évolution a ceci d’original qu’elle touche le corps. Une chance, car elle peut se vulgariser par un autre moyen que l’oratoire ou l’écriture : et pourquoi pas la danse ? Ceci n’a pas échappé à Pascal Picq, paléoanthropologue spécialiste de l’évolution, ni  à Michel Hallet Eghayan, chorégraphe qui aime lier les arts et les sciences. Ils décident alors de mettre l’évolution en scène, ensemble, selon une trilogie qui s’appellera Arborescence, en hommage au philosophe Michel Serres et à son « grand récit » Hominescence[1]. « Danser avec l’évolution » est la seconde partie de cette trilogie et revêt la forme d’une conférence dansée, dirigée par M. H. Eghayan. Elle retrace l’évolution de l’anatomie, des postures, des comportements, mais aussi le buissonnement des possibles, les incertitudes des déambulations à deux ou quatre temps. 
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Le contenu scientifique est donné par Pascal Picq afin de structurer le travail gestuel. Le tout se traduit par un travail chorégraphique exigeant, rigoureux, en appui permanent sur l’état des connaissances actuelles, et cherchant en même temps à puiser au plus profond du corps le souvenir des attitudes hominoïdes puis humaines. Le ballet montre avec éclat combien l’évolution n’est pas linéaire, combien la bipédie n’est pas une fin en soi. Elle  n’est pas l’homme car diverses familles de singes pratiquent encore diverses bipédies ; la nôtre fut une parmi d’autres.  Le livre propose quelques photos du ballet, où l’on découvre Pascal Picq sur scène,  au milieu des danseurs, lui-même danseur–acteur de  sa discipline,  retrouvant le singe qui est en lui. 
Il a belle allure, notre paléontologue. Il est vrai qu’il a été athlète. Le travail sur le corps ne s’oublie pas. Pascal Picq est un savant à l’écriture assez agréable. Mais ici, on le sent porté par une émotion forte, créatrice, et sa plume devient plus légère,  plus agile, plus lumineuse que d’habitude, sans doute sous l’effet de sa « jubilation au jeu » - expression de son ami le chorégraphe  M. H. Eghayan. Il y a en effet de la jubilation dans son texte. Vous aurez d’ailleurs, dès le début du livre, l’ardent plaisir de lire un préambule de la plume de Michel Serres, magnifique et jubilatoire lui aussi, nous invitant au bonheur du corps dansant et aux confluences entre esprit et corps : « Sous le Grand Récit gît cette Grande Rhapsodie [l’évolution]. Dansez sur elle maintenant. »


[1] La trilogie de Michel Serres comprend : Hominescence (2003), Rameaux (2004), et L’incandescent (2005), aux éditions Le Pommier

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