Filiation et tests ADN : violation des droits de l’enfant et science détournée.

Publié le par Agnès Lenoire

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S’il n’avait des conséquences si dramatiques pour la protection de l’enfant, l’amendement Mariani pourrait faire rire. Imaginez un peu : faire intervenir un test ADN qui redéfinirait la famille, l’enfermerait dans un cadre complètement rigide, alors même que la famille en France explose, éclate en une multitude de visages, monoparentaux, adoptifs, recomposés, et parfois même, timidement, homosexuels.  Imposer  la filiation génétique, ici et à notre époque, paraît être une pure contradiction avec nos modes de vie, parfaitement irréelle et ingérable. Mais peut-être que non, après tout. Ils sont rusés, nos dirigeants, roués à la communication, cette fameuse « com » qu’on appelait il n’y a pas si longtemps « propagande »….  Et c’est là qu’on ne rit plus. Cet amendement ne s’appliquant qu’aux familles étrangères sur notre sol, il ne concernera qu’une partie de la population, celle qui vient d’ailleurs, donc autorisée à être pourchassée.  Tout deviendrait gérable alors, la famille française pouvant dormir sur ses deux oreilles… Sauf qu’en France il y a encore des personnes lucides qui voient bien que la xénophobie prend des allures de dogme officiel. Les tests ADN sur les immigrés avanceront côte à côte avec le recensement des ethnies, mettant la discrimination à l’honneur, et abattant le nôtre du même coup.  N’ayons pas peur des mots, il s’agit bien d’un désir d’épuration, version moderne, qui usera d’une technologie de pointe scientifique, les tests ADN, pour séparer le bon grain de l’ivraie. Pourtant cette technologie est bien encadrée par une loi,
la loi de bioéthique de 2004, qui ne permet son utilisation que dans des cas réservés[1], recherches médicales ou scientifiques, ou bien sur saisine de la justice (recherche en paternité par exemple). C’est à désespérer des lois si elles n’empêchent pas les dérives ! Axel Kahn et Didier Sicard, anciens membres du Comité consultatif national d'éthique, se sont exprimés dans le journal Le Monde du 19 septembre 2007, réaffirmant avec force « qu'il ne fallait pas que le lien de filiation se réduise à sa dimension biologique ». La science et ses technologies semblent bien être détournées vers des applications préjudiciables à l’humain.  La découverte scientifique n’y est pour rien,  bien qu’il soit très à la mode de dénoncer l’inconscience des chercheurs. Le problème, c’est l’esprit politique. Celui qui dirige peut décider de l’utilisation diabolique d’une technologie a priori plutôt intéressante. Le pouvoir peut ainsi détourner la plus anodine des découvertes pour mener une politique de régression à grande échelle. Il va donc falloir en venir à la résistance pour la sauvegarde de nos valeurs humanistes. À l’aide des lois. Celle de bioéthique de 2004, mais aussi celle qui garantit des droits aux enfants. Car l’amendement Mariani ne viole pas seulement la loi de  bioéthique mais aussi l’article 10 de la Convention internationale du droit de l’enfant, La France est pourtant le deuxième pays à avoir ratifié la Convention des droits de l'enfant. Adopté le 20 novembre 1989, le traité est entré en vigueur le 2 septembre 1990. L’article  10 dit :

« 1. Conformément à l'obligation incombant aux États parties en vertu du paragraphe 1 de l'article 9, toute demande faite par un enfant ou ses parents en vue d'entrer dans un État partie ou de le quitter aux fins de réunification familiale est considérée par les États parties dans un esprit positif, avec humanité et diligence. Les États parties veillent en outre à ce que la présentation d'une telle demande n'entraîne pas de conséquences fâcheuses pour les auteurs de la demande et les membres de leurs familles. »

J’encourage tous les enseignants à étudier cette convention, version simplifiée, avec leurs élèves. J’avais acheté dans le catalogue-papier de l’UNICEF une affiche résumant cette convention, entièrement en images, que j’avais travaillée avec des 5-6 ans avec succès. Je ne retrouve pas cette affiche sur le web, mais elle est probablement encore dans leur catalogue. Par contre, vous trouverez, pour les « un peu plus grands », un livret gratuit sur le site Civisme et démocratie (CIDEM), adapté aux juniors. Donnons aux enfants de nos écoles, collèges et lycées, les outils démocratiques qui leur permettront de défendre leur avenir !

Dessin de José Tricot

 


[1] Loi de bioéthique de 2004. Extrait :

Titre II – Droits de la personne et caractéristiques génétiques – Article 4

Art. 16-10.   L'examen des caractéristiques génétiques d'une personne ne peut être entrepris qu'à des fins médicales ou de recherche scientifique. 

Publié dans Sciences

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