Un pastiche est-il une infox ?

Publié le par Agnès Lenoire

Un million de vues et 50 000 partages … Un raz-de-marée sur Facebook pour admirer  la lettre de madame de Sévigné à sa fille,  qui décrit avec tant d’acuité une situation que nous vivons aujourd’hui : le confinement.

Sauf que cette lettre n’est pas authentique, et s’apparente à un pastiche. Il y a plusieurs raisons qui incitent fortement au doute :

  • -Aucune lettre de madame de Sévigné n’a été écrite un 30 avril 1687
  • -Aucune épidémie n’a été répertoriée en 1687 à Paris.
  • -Il est fait mention de monsieur Vatel qui pourvoit aux repas des courtisans. Or monsieur Vatel est déjà mort depuis 1671. De plus, l’auteur de cette lettre fait une faute d’orthographe à la conjugaison du verbe « pourvoir » qu’il écrit avec un « e » à la troisième personne du singulier. 
  • Enfin le cardinal de Mazarin, que madame de Sévigné mentionne, est mort lui aussi, depuis 1661.

Reste qu’un pastiche n’est pas méchant, c’est d’abord un exercice intellectuel, où le mime devient un jeu d’esprit pour rendre hommage à un maître ou à une égérie. Beaucoup d’écrivains l’ont pratiqué. Comme La Fontaine avec sa fable Le Lion et le Chasseur, inspirée de la fable d’Ésope Le Pâtre et le Lion, ou bien Marcel Proust avec ses Pastiches et mélanges, ou Raymond Queneau avec ses Exercices de style, ou encore, pour citer tout de même un auteur vivant, Éric-Emmanuel Schmitt avec deux pièces de théâtre The Guitrys (pastiche de Sacha Guitry) et Georges et Georges (Feydeau).

Alors, le pastiche, création littéraire à part entière ? Oui, pourvu qu’il s’annonce comme tel… Laissons à l’auteur (inconnu ?) de ce pastiche de madame Sévigné le bénéfice du doute : peut-être n’a-t-il voulu tromper personne, mais les réseaux sociaux s’en sont chargés. Facebook a moins vocation à vous faire savourer un jeu d’esprit qu’à vous faire réagir au quart de tour.

Ne partagez pas, vérifiez !

Source : les checknews de Libération

 

Publié dans Culture

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