Comment se promener dans les bois...?

Publié le par Agnès Lenoire

Comment se promener dans les bois...?

« Pan ! La même syllabe pour le dieu de la nature et le coup de fusil qui le blesse. » Sylvain Tesson, extrait des Aphorismes sous la lune.

Si vous êtes promeneur, que vous avez l’âme vagabonde dans la nature, âme sensible s’abstenir… car ce petit livre est décourageant, voire effrayant, pour tous les amateurs  de joyeux dimanches en famille dans les sous-bois.

Marc Giraud, naturaliste, nous détaille en 48 questions les droits et devoirs des chasseurs en France, références à l’appui. Enfin, quand on parle de devoirs des chasseurs, c’est une expression vide de sens, car vous verrez que la chasse en France est une institution très protégée, où les chasseurs ont tous les droits. La France est d’ailleurs un pays où il n’y a aucun jour sans chasse dans la semaine, alors que tous nos voisins accordent à leurs citoyens parfois jusqu’à trois jours sans chasse, dont le dimanche obligatoire.

Vous pensiez qu’il y avait une saison de la chasse bien déterminée ? Détrompez-vous, la chasse est permise toute l’année, pourvu que la préfecture en donne l’ordre. Et elle ne s’en prive pas. Dans certains départements, le préfet peut donner à n’importe quel moment son accord pour des battues, des chasses à courre, des chasses selon quotas, ou des chasses à caractère « traditionnel » - celle des ortolans par exemple, espèce pourtant déclinante et protégée.

Votre terrain ou jardin n’est pas clôturé, ou si peu que des animaux peuvent y pénétrer ? Alors il vous faudra batailler pour interdire aux chasseurs d’y entrer achever leur proie devant vous et peut-être devant vos enfants ; c’est « le droit de poursuite ». Pour éviter cela, il vous faudra faire retirer votre terrain de l’Association communale de chasse agréée (ACCA), s’il en existe une dans votre département, et ce ne sera pas une mince affaire. Car cet organisme ne se réunit que tous les cinq ans pour étudier les demandes de retrait…

Un chasseur vous oppose l’argument de la nécessaire éradication de maladies transmises à l’homme, ou de la régulation des populations ? Répondez-lui que c’est pourtant la chasse qui a répandu la rage dans tout le pays à la fin du XIXe siècle, car la poursuite des renards les a fait fuir partout en France. Ce sont aussi les chasseurs qui provoquent l’extinction d’espèces. Comme celle du bouquetin à la fin du XIXe, revenu par l’Italie vers 1963, et enfin protégé en Vanoise. Ou celle du grand tétras-lyre, magnifique oiseau en régression dans les Alpes, qui a vu sa population disparaître totalement sur le versant français de l’arc alpin, alors qu’il prospère encore sur l’arc alpin italien, où sa chasse est interdite. Quant à la régulation des populations carnassières, c’est un argument absurde, puisque les carnivores ne peuvent pas pulluler ; ils se régulent d’eux-mêmes dès que les proies se raréfient. Par contre si les carnivores manquent à l’appel, ce sont les rongeurs qui envahissent les cultures et les dévorent.

La France est un très mauvais élève au niveau européen ; nous payons des amendes colossales à l’Europe pour pouvoir donner tous les droits aux chasseurs et faire de la propagande (la fédération de chasse est en effet agréée pour entrer dans les écoles !!) Nous devons cela à madame Bachelot, qui a fait tomber tous les freins à la chasse les uns après les autres, à commencer par l’unique jour sans chasse que nous avions avant 2003.

48 questions et réponses pour comprendre comment une activité humaine peut en arriver à 20 morts et 200 blessés par an, sans qu’on s’en émeuve, sans qu’aucune leçon n’en soit tirée.

Pour aller plus loin et militer pour la protection de notre environnement, une adresse :

L’Association pour la protection des animaux sauvages. Un moteur de recherche vous la trouvera sur internet. 

Marc Giraud, en collaboration avec l’ASPAS

Comment se promener dans les bois…sans se faire tirer dessus !

Allary Éditions, 2014, 16,90 €.

Publié dans Notes de lecture

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Angelilie 21/04/2017 21:52

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte et un enchantement.N'hésitez pas à venir visiter mon blog. au plaisir

Olivier 07/03/2017 12:47

je suis un lecteur assidu de votre blog et chasseur... et quelque peu déçu car vous m'avez habitué à une réflexion plus rigoureuse.C'est pourquoi j'ai longuement réfléchi avant de poster ce commentaire.

Je ne lirai pas le livre de Marc Giraud dont je connais déjà les positions sur cette activité naturelle.
Cependant en me référant à votre fiche de lecture j'entrevois déjà quelques approximations.

La possibilité de chasse pour tous en France, sous réserve de l'obtention d'un examen qui vérifie à la connaissance des espèces et celle des règles de sécurité prend sa source dans le révolution française et la fin d'un monopole réservé à l'aristocratie seule. Contrairement à ce que semble affirmer l'auteur, c'est une activité très encadrée par un amoncellement de législation. Vous pourrez compléter vos connaissances sur ce thème grâce à l'Office Nation de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) dont les agents sont également mis à la disposition de l'Agence Française pour la Biodiversité.

Vous mentionnez l'agrainage, qui consiste à disperser du grain pour cantonner les sangliers dans un secteur. Je suppose que monsieur Giraud mentionne que cette pratique est interdite sauf lorsqu'il s'agit de préserver les cultures. Dans ce cas elle est encadrée et doit suivre les modalités imposées par le Schéma Départemental de Gestion Cynégétique (http://www.oncfs.gouv.fr/Fiches-juridiques-ru377/L-agrainage-et-les-sanctions-au-non-respect-du-SDGC-ar1111). Elle permet de cantonner les sangliers en sous bois plutôt que sur les cultures et également de réguler la population plus aisément. C'est un acte de gestion essentiel en particulier lorsqu'on sait que l’indemnisation des dégâts de grand gibier sur les cultures est financées par .. les chasseurs.

Je vous cite: "comprendre comment une activité humaine peut en arriver à 20 morts et 200 blessés par an, sans qu’on s’en émeuve, sans qu’aucune leçon n’en soit tirée." Cette mention me parait tout à fait gratuite, vous pourrait utilement voue reporter au site de la fédération française de chasse et vous verrai que la sécurité y compris sanitaire est sa préoccupation première. A titre de comparaison vous pourrait également vous informer du nombre de morts et de blessés en baisse constante depuis 20 ans (http://www.oncfs.gouv.fr/Chasser-dans-les-regles-ru18/Bilan-des-accidents-de-chasse-2015-2016-news1867) et le comparer avec celui des accidents lors de la pratique des sports de montagne par exemple (http://www.ac-grenoble.fr/eps/wp-content/uploads/2015/03/Rapport-recherche-accidentologie.pdf). Reprochera-t-on à la fédération française d'alpinisme son inaction? Porter une arme est une responsabilité qui ne fait pas de chaque chasseur un assassin en puissance.

Enfin, la chasse aujourd'hui n'est plus celle du XIXème, comme dans le domaine scientifique cette pratique se nourrit des expériences acquises et des nouvelles connaissances. Elle comporte également son lot d'escrocs, de braconniers et de malpolis dont les pratiques ne doivent pas salir l'ensemble des pratiquants (ce serait une forme de xénophobie).

Je vous inviterai avec plaisir à une journée de chasse, vous n'y verriez qu'une promenade, pour ma part souvent solitaire, accompagné d'un chien et avec parfois la chance de voir du gibier. C'est, dans la forme que je pratique, une activité paisible qui demande une grande patience, une connaissance de son territoire, des animaux et beaucoup d'humilité. Donner la mort n'est pas un acte anodin.

Je continuerai à vous lire avec plaisir

wireless internet 25/02/2017 05:45

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